‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 407 sur 444 · FERDINAND D’ESPAGNE · texte numérisé non relu

FERDINAND D’ESPAGNE

cœur, a 1 inquiétude de l’esprit, ne pouvant trouver aucune consolation dans ses souvenirs, et y puiser quelque espérance pour sa dernière heure, dont sa vieillesse et ses travaux continus hâtaient deux fois l’approche. Ainsi, le triomphe du plus cruel ennemi de Colomb n était au fond quune apparence. Tandis que l’aspect de sa haute fortune excitait peut-être des souhaits d’envie parmi les grands, il se jugeait bien à plaindre dans l’inutilité de sa fastidieuse opulence, n’osant compter sur personne et surtout ne pouvant se réfugier en lui-même.

Le seul d’entre les persécuteurs de Colomb, que son élévation souveraine assurait contre la justice des hom-

mes , ne fut pas heureux non plus, malgré l’immunité de sa toute-puissance. Les éphémères satisfactions dues au succès de ses finesses ne parvenaient point à calmer les incessantes inquiétudes de son autorité jalouse et défiante. C'était en vain qu’il avait frappé d’inaction tous

les grands talents militaires de son règne ; et qu’afin de sembler plus grand, il s’était privé du concours des supériorités réelles ; le vieux Catholique n’était pas réellement digne d’envie. Monarque de l’école de Louis XI, type de prince selon Machiavel , sans foi religieuse et sans loi d’honneur, il portait de son vivant la peine des habiletés dans lesquelles il s’était complu. Les Rois ne croyaient plus à sa parole-, et, de l’aveu de son chapelain, sa famille même ne s’y fiait pas C II avait trompé ses rivaux couronnés, ses ministres, ses cousins, sa noble compagne. Il brisait les hommes d’État trop importants et les capitaines trop célèbres, comme des instruments dangereux. Il fut ingrat, tour à tour, envers tous ceux qui avaient fait la grandeur de ses royaumes et la gloire de

1 « Philippum ducunt persuasum ne ullo pacto socero credat. » — Pétri Martyris Anglerii, Opus epistolarum.

Page 1