MARIAGE DU FILS DE COLOMB ET DE LA NIÈCE DU ROI
de garde du corps, ne parut point un obstacle à l’union de la nièce du Roi avec le fils de l’ancien marchand de livres, (. est qu’au fond, par son immensité, la gloire du Révélateur du Globe, déjà parée des prestiges du temps, équivalait au lustre des siècles. D’ailleurs le petit-fils du cardeur génois avait dû faire ses preuves d’ancienneté1. Il était, en outre, évident que les titres de Grand Amiral, de Gouverneur Général perpétuel et de Vice-Roi des Indes venant à se réaliser par l’exécution des traités dont il était possesseur, placeraient don Diego dans une situation vraiment princière.
A l’éclat du sang et de la beauté, doua Maria de Tolède unissait les plus nobles qualités de famé. On reconnaissait dans l’élévation de sa piété les influences de l’éducation qu’elle avait reçue près de la Catholique Isabelle. Diego Colomb n’aurait jamais pu choisir une compagne plus digne de le rendre heureux 2; indépendamment des attenances et de l’illustration.
Le duc d’Albe prit particulièrement sous sa^protection l’inclination de sa nièce. Les propositions de don Diego
1 L’acceptation par Colomb des lettres de noblesse, en Espagne, ne prouve rien contre sa noble origine en Italie. Sans doute un gentilhomme ne peut, sans risque pour sa dignité, supporter que la faveur royale venant lui conférer les droits qu’il tient de son propre sang, lui enlève ainsi les bénéfices du temps et compromette l’honneur généalogique de sa race ; mais il faut considérer que pour l’Espagne, Colomb n était qu’un étranger. Envoyé là par la Providence, le Révélateur du Globe n’y voulut être que le fils de ses œuvres. D’ailleurs il est moins aisé de faire revivre un titre tombé en désuétude, par des événements de fortune, que d’obtenir un titre créé à nouveau. Et bien qu’il eût accepté en Castille des Lettres patentes, le Vice-Roi des Indes savait rappeler, à propos, qu’il n’était pas le premier Amiral de sa famille.
2 « Allende de que buvo por muger una sehora prudentissima y muy virtuosa. » — Herrera, Hïstoria de las Indias occidentales . Decada i libro VII, cap. vi.
514 LE DUC d’ALBE POURSUIT LES RÉCLAMATIONS DE COLOMB.
une fois agréées, il fit de ses réclamations, pour le gouvernement des Indes, son affaire personnelle. Déjà, dès que le noble duc s’était aperçu de l’attraction de ces deux jeunes cœurs , il avait , avec une prévoyance paternelle , écrit à son cousin le Roi Catholique , alors encore à Naples, pour lui demander de rendre au successeur de l’Amiral des Indes les droits qu’il tenait de son père.
Après le mariage de dona Maria de Tolède, le duc d’Albe reprit auprès du Roi la réclamation de son neveu don Diego Colomb.
Personne mieux que le duc d’Albe n était en situation d’obtenir du roi Ferdinand, tant à cause de leur étroite parenté, puisque leurs mères étaient sœurs, et qu’ainsi ils se trouvaient cousins germains; que par le droit de l’ancienne amitié et des nouveaux services *. Car au moment où la reine dona Juana avait pris possession du trône de Castille, quand tous les courtisans, les grands seigneurs, Riccos H ombres , avaient abandonné le Catholique, seul le duc d’Albe avec sa maison et ses troupes s’était empressé de l’escorter, de lui rendre honneur; et il l’aurait suivi jusqu'à Naples si le Roi l’eût souffert.
Ferdinand ne put résister à la persistance de son cousin germain ; et ne voulut point par l’opiniâtreté de son refus nuire aux intérêts de leur nièce dona Maria de Tolède. 11 céda devant tant d’affectueuses obsessions. Toutefois ce fut avec des restrictions, qui décelaient bien sa nature cauteleuse et méfiante.
1 « Car le roi l’aimoit non-seulement pour la grande affinité qu’ils avoient ensemble, attendu que leurs mères étoient sœurs, tilles de l’amiral de Castille don Fadrique et qu’ils étoient cousins germains; mais aussi, etc. »— Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes. liv. III, chap. xii. Traduction de Jean Poleur.
COMMENCEMENT DE RESTITUTION. 5l5
Ovarulo ayant encouru la disgrâce de Juan de Fonseca, son remplacement fut décidé. Le 9 août 1508, le Roi se trouvant a Are\alo, fit expedier à don Diego Colomb l’autorisation de résider aux Indes. Mais sans le reconnaître en qualité de Vice-Roi ; il ne lui consentit, par ordre du 13 décembre 1508, que 1 autorisation de remplacer Ovando, au même titre provisoire qui le nommait, avec le même traitement et les mêmes honneurs qu’il avait accord ésà Ovando; déclarant faire toutes protestations et réserves \ et ne vouloir par cette autorisation rien ajouter aux droits qui pourraient être fixés par les juges ; car alors le procès de don Diego contre le fiscal n’était point jugé en dernier ressort. Cette nomination n’était nullement l’exécution des traités passés entre la Castille et don Christophe Colomb, Ainsi, malgré ses obligations personnelles au duc d’Albe, son plus proche parent, les droits de don Diego mari de sa nièce, les services inappréciables que rappelait son nom, Ferdinand jusqu’à la fin persista dans son déni de justice, dans sa violation des engagements royaux pris par la Reine et sanctionnés par sa propre signature.
L’amiral don Diego Colomb se rendit à Séville avec sa femme dona Maria de Tolède, son frère don Fernando Colomb, ses deux oncles l’Adelantado et l’abbé don Diego Colomb, accompagné du chevalier Diego Mendez et d’une suite de gentilshommes qui allaient composer la maison de la Vice-Reine. Malgré les réserves maussades et peureuses du vieux Catholique, un sentiment général de courtoisie fit toujours appeler dona Maria de Tolède, la Vice-Reine. Le titre de Vice-Roi fut moins communément donné à don
1 « Con nombre solamente de Àlmirante y gobernador de las Indias, con protestacion que no era su intencion concederle por los poderes que le avia de dar mas derecho del que ténia pleyteando. » — Herrera, His toria de las Indias occidentales. Decada i, lib. VII, cap. vi.