DON FERNANDO COLOMB
avait une si tendre admiration, parait conforme à sa nature contemplative, et dut combler son désir de servir Dieu loin du bruit. Il se fixa au séjour que son frère avait affectionné, dans cet endroit où le Seigneur faisait éclater miraculeusement la gloire du Messager de la Croix. Sans doute, il s éteignit la, conformément à ses vœux, couvert de l’oubli auquel aspirait son humilité. Par sa piété, il s’était montré constamment le digne frère d’un Saint.
Il nous reste à parler du second fils de Christophe Colomb, don Fernando, que, sur la foi de Spotorno, traditionnellement les écrivains de la Ligurie se font un devoir de rabaisser et de calomnier, tandis qu’il aimait les Génois et les honorait jusqu’à se dire des leurs, et se prétendre lui-même Génois, par cela que son père l’était de naissance.
A peine âgé de huit ans, don Fernando passa de la noble mais pauvre maison des Enriquez à la Cour, où la maternelle bonté d’Isabelle daigna le placer comme page favori, c’est-à-dire enfant gâté auprès du Prince Royal, son fils unique. A treize ans, du séjour de la faveur et des grandeurs, soudain transporté en des parages inconnus dans l’Atlantique, pendant la dernière expédition de son père, il vit en face les plus terribles périls et supporta les plus cruelles angoisses qu’eût jamais éprouvé un marin. Ce fut par la souffrance, le formidable et le phénoménal, qu’il fit l’apprentissage extérieur de la vie. Ces âpres dangers mirent en relief les qualités précoces de son caractère. Fernando déploya une fermeté de courage inattendue chez un adolescent. Il soignait et conso-
528 PORTRAIT DE FERNANDO COLOMB
lait avec une respectueuse affection son père malade. Bien qu’il fût alors gentilhomme de la maison de la Reine et fils du \ ice-Roi des Indes, il ne rougissait pas de mettre la main à la manœuvre comme le dernier des mousses: l’instinct du marin se révélait en lui d’une manière qui émerveillait l’Amiral, à travers ses souffrances de cœur et ses tortures corporelles.
Pour se montrer ainsi supérieur dès le début, Fernando avait de qui tenir, et de bonne heure il fit honneur à son nom. A plusieurs égards, son élévation d’esprit, sa raison prématurée, sa sagacité d’observation, sa modestie, son charme de conversation1, rappelaient son père. Son aptitude particulière aux sciences géographiques et nautiques trahissait l’hérédité des dons, sans que son développement intellectuel si rapide eût ralenti le développement non moins prompt de ses forces et de sa croissance. Il était de beaucoup plus grand que son père, et plus corpulent que son oncle l’Adelantado. Cependant, malgré ces avantages extérieurs, après la mort de l’Amiral, don Fernando se consacra uniquement à Dieu et à la science. Le détachement le plus entier du monde s’opéra au fond de lui-même avant que les mécomptes de la vie, la perte des illusions du cœur eussent pu inspirer ce sacrifice. Il se donna au Seigneur dans la fleur de sa jeunesse, et xomme un chaste lis posé sur les marches du sanctuaire, i! répandit loin du monde le parfum de ses vertus. Comprenant Lien que le bonheur d’être le îils du saint Révélateur du Globe valait toutes les gloires, et qu’il resterait toujours immergé dans la lumière de
1 Son ennemi Oviedo y Valdez est forcé de lui rendre justice en ce point. « Y mas de ser de mucha nobleza y afabilidad y dulce conversa-
cion; es docto en diversas ciencias; y en especial en cosmographia »
— La nistoria natural y general de las Indias , lib, III, cap. vi.