LETTRE I)E COLOMB A ROLDAN
<( ne tarderiez pas à vous rendre auprès de moi ; ne vous « voyant point paraître, et croyant que vous appréhendiez <( quelque ressentiment de ma part , je vous envoyai « Ballester, pour vous donner toutes les assurances que « vous pouviez désirer. Le peu de succès de cette dé- « marche a mis le comble à mon chagrin. Et d’où vous <( peuvent donc venir ces défiances que vous témoigniez « avoir de moi? Enfin vous m’avez demandé Carvajal; je « vous l’envoie ; ouvrez-lui votre cœur, et marquez-lui ce « que je puis faire pour regagner votre confiance 5 mais (t au nom de Dieu, songez à ce que vous devez à la patrie, « aux Rois nos souverains seigneurs, à Dieu, à vous- « même; prenez soin de votre réputation, et jugez plus <( sainement de toutes choses que vous n’avez fait par le « passé; considérez avec attention l’abîme que vous creu- <( sez sous vos pieds, et ne persistez pas plus longtemps « dans une résolution désespérée. Je vous ai présenté à <( Leurs Altesses comme un homme de la colonie sur qui « elles pouvaient plus sûrement compter : il y va de mon <( honneur et du vôtre qu’un témoignage si avantageux « ne soit pas démenti par votre conduite; hâtez-vous « donc de vous remontrer tel que je vous ai autrefois « connu. J’arrête les navires, qui sont tout prêts à partir,
« dans l’espérance que, par une prompte et parfaite sou- « mission, vous me mettrez en liberté de confirmer tout « le bien que j'ai dit de vous. Je prie le Seigneur qu’il « vous ait en sa sainte garde L »
Ce langage était si rassurant, cette bonté si persuasive, que Roldan, Riquelme, Adrien de Mogica etGamez, montant à cheval, se disposaient à se rendre auprès du Vice-Roi accompagnés de Carvajal. Mais la troupe des re-
1 Traduction du Père Cliarlevoix dans son Histoire de Saint-Domingue, t. I, liv. jv.