NÉGOCIATIONS INFRUCTUEUSES
belles s’aperçut du départ et s’y opposa, signifiant à ses chefs qu’ils ne traiteraient pas sans eux, jurant que s'il y avait accord, ce serait par écrit et de leur consentement commun.
Sur l’invitation de Carvajal, les rebelles posèrent par écrit leurs conditions. Elles étaient si dures, si avilissantes pour le gouvernement qu’elles semblaient une moquerie. C’était tout ce qu’on pouvait attendre d’un pareil ramassis d’hommes pervers.
Le brave Miguel Ballester, qui s’était joint à Carvajal , reconnut comme lui que ces bandits ne cherchaient qu’à prolonger l’impunité de leur tyrannie, exercée aux dépens des malheureux Indiens dont ils se disaient les défenseurs. Il écrivit en conséquence à l’Amiral, pour le prier de faire à tout prix un traité avec ces gens-là, parce que le feu de la révolte se propageait sourdement, et il craignait que même sa petite troupe, déjà diminuée par quelques désertions, ne passât tout entière aux rebelles. Hélas! ces avertissements n’étaient que trop fondés. L’Amiral, voulant savoir au juste quelle force on pourrait opposer aux insurgés, annonça qu’il passerait une revue de tous les habitants de Saint-Domingue. Ils devaient s’y présenter sous les armes. Le bruit courut que l’objet de cette revue était une marche subite contre les rebelles de Bonao. Soixante-dix hommes seulement répondirent à l’appel, encore n’était-ce pas un effectif de guerre-, car dans ce nombre l’un se trouvait sans cheval, l’autre sans arbalète; celui-ci était à peine convalescent, celui-là se sentait à la veille de tomber malade; et sur le reste, plus de moitié tenaient aux insurgés par le sang, les penchants ou les habitudes *. L’Amiral comprit que toute lutte armée n’a-
J Las Casas, la Historiade las Indias, lib. I, cap. cxxxm. Ms.
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boutirait qu à faire évanouir le dernier prestige de sou autorité. Dès lors la modération devenait une nécessité \ il fallait, par d adroites temporisations, donner lieu à
quelque éventualité qui permettrait de reconstituer le pouvoir.
Colomb offrit aussitôt d’accorder une licence de départ a ceux qui voudraient retourner en Castille. Il avait cinq caravelles prêtes à mettre à la voile, et à bord desquelles se trouvaient les Indiens faits prisonniers dans le dernier soulèvement. Pendant trois semaines il retarda leur départ tout exprès pour y embarquer ces rebelles, qui maudissaient 1 île, et regardaient leur séjour comme la pire des condamnations. Mais aucun de ces mécontents si aruents à solliciter le terme de leur exil, ne songeait maintenant à se mettre en mer. Enfin, le 18 octobre, Tordre du départ fut donné.
§ II
Ce fut par ces navires que l’Amiral adressa aux Rois la relation de sa découverte de la Terre ferme, avec la carte géographique de son voyage, et la carte maritime de la route à suivre pour arriver à la côle de Paria. Comme il souffrait encore djes suites de son ophthalmie, il dicta sa lettre au secrétaire Bernard d’Ibarra1. Il remit à un gentilhomme nommé Arroyal2, pour les présenter à la Reine, cent soixante-dix perles3 choisies parmi les plus belles, et
1 Pleyto. — Probanzas del Amirauté , Pregunta XIII. Déposition de Bernardo de Ibarra.
2 Oviedo y Valdès, la Historia natural y general de las lndias , lib. III, cap. vi.
3 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales . Décade ir®, liv. III, cliap, xv.