ROLDAN DÉSIRE TRAITER AVEC COLOMB
sourds volontaires, n’insista nullement pour l’exécution de leurs accords. Il se contenta de faire constater leur refus par le notaire François de Caraï, et à plaindre Roldan de ce qu’il était déjà si peu le maître de ces insubordonnés; après quoi il prit congé de lui avec un grand sang-froid, Roldan voulut courtoisement le reconduire à une demijournée. Ils montèrent à cheval. Quand ils furent enfoncés fort avant dans les forêts, le Juge conspirateur, qui chevauchait silencieux et réfléchissant à la difficulté de gouverner des gens ingouvernables, lui déclara tout à coup qu’il se rendait enfin à ses conseils; qu’il lui tardait de faire cesser la discorde; qu’il était désireux de voir l’Amiral, et que s’il en obtenait un nouveau sauf-conduit, il irait aussitôt proposer un arrangement convenable à tous égards; mais afin de réussir il était besoin du secret le plus impénétrable. Carvajal retourna tout joyeux à Saint- Domingue. Colomb lui remit aussitôt le sauf-conduit; et, pour donner plus de confiance aux rebelles, les capitaines de mer Carvajal, Coronel, Pedro de Terreros, ainsi que Alonzo Malaver, Diego de Alvarado et Rafaël Cataneo, hidalgos grandement estimés, garantirent par leur signature l’inviolabilité du sauf-conduit1, pendant toute la durée de la négociation. Nous ne pouvons omettre, parmi les signataires, un galant homme, bon chrétien, Cristôbal Rodriguez, surnommé « la lengua, » parce qu’il fut le premier Castillan qui parla l’idiome principal d’Haïti. L’Amiral l’avait fort encouragé à cette étude 2. Avec une constance égale à son désintéressement, Rodriguez la lengua, rendit de grands services au gouvernement de File,
exposa souvent sa vie au milieu des indigènes, et devint
1 Munoz, Historia del Nuevo Mundo , t. ï, lib. vi, § 49.
2 Herrera, Histoire générale des voyages, etc., dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. IV, chap. vin.