IMPUISSANCE DE COLOMB
repousser les agresseurs venus d’outre-mer. A présent son unique ressource était peut-être le premier des dangers et assurément la dernière des humiliations -, il ne lui restait qu’à se mettre sous la protection du traître Roldan. Mais comment douter que dès leur entrevue le Grand Juge et Ojeda, hommes également violents et ambitieux, ne se réunissent pour abattre le pouvoir légitime et s’y substituer? La défection s’était déclarée parmi les subordonnés de l’Amiral-, l’un après l’autre ils l’abandonnaient dans cette accumulation de dangers. •
A cet abordage des ennemis du dehors venant réveiller la révolte assoupie et fortifier le soulèvement indigène, l’Amiral reconnaissait la secrète inspiration des bureaux de Séville. Se rappelant l’ingratitude de la cour, la constante malveillance du roi Ferdinand, que ses froides politesses n’avaient jamais pu entièrement déguiser-, voyant son autorité sans appui en Espagne , sans respect dans l’île, sans force exécutive-, sa vie et celle de ses frères incessamment menacées par des bandits habitues a tous les crimes, sentant son isolement, 1 impuissance qui en était la suite, le malheur des Indiens, que repoussaient du christianisme les excès des chrétiens impies, il éprouva une grande satiété des hommes. Alors, humiliée jusqu a l’amertume, chancelante sous le poids de tant d afflictions, cette grande àme, qui avait terrasse 1 effroi, maîtrisé l’épouvante, assoupli le péril, fut gagnée d une tristesse mortelle.
Ce jour était l’anniversaire de la naissance du Sauveur, le 25 décembre 1499 l.
La vaillance de Colomb, jusque-la invaincue, défailli!
i « Il giorno di Natale del 1499 havendomi tutto il mondo abbandonato, fu assalito conguerra da indiani e dâ cattivi cristiani... » Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio , capit. lxxxiv.