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En effet, suivant la mystérieuse annonce de l’auxiliaire divin, les choses changèrent aussitôt de face, sans effort et même sans initiative de sa part. Avant la fin du jour il apprit la découverte de mines d’or immenses. Roldan, loin de vouloir partager le pouvoir avec Ojeda, ne songea qu’à repousser de file ce dangereux rival. La lutte fut vive entre ces deux adversaires, dignes l’un de l’autre par l’audace, la ruse, la force physique. Enfin, après une série d’incidents curieux et dramatiques. Roldan contraignit Ojeda, ce protégé compromettant des bureaux de Séville, à remonter sur ses caravelles.
1 « Cosi a punto de desesperar, recurriô al anxilio de Dios, y fué consolado como milagrosamente. » — Munoz, Historia del Nuevo Mundo, lib. VI, § 56.
2'« Mi soccorse ail’ hova Nostro Signore, dicendomi : o huomo di poca fide non baver paura, io sono. » — Fernando Colombo, Vita del T Ammiraglio , capit. lxxxiv.
76 FERNANDO DE GUEVARRA.
La facilité qu’avait eue Ojeda à recruter des partisans parmi les anciens insurgés fit sérieusement réfléchir Roidan et lui inspira le désir de soutenir désormais franchement l’autorité de l’Amiral, d’où la sienne tirait sa force.
Dès qu’ils virent le Grand Juge assurer maintenant l’exécution des ordres de l’Amiral et travailler au rétablissement de l’ordre, ses anciens complices le prirent ardemment en haine.
Sur ces entrefaites, un jeune hidalgo nommé Fernando de Guevarra, cousin d’Adrien de Mogica, qui avait été l’un des chefs de section dans la révolte de Roldan, vint à Xaragua pour s’y embarquer sur les navires d’Ojeda, parce que l’Amiral l’avait banni de 1 île, à cause du scandale qu’occasionnaient à Saint-Domingue ses mœurs dépravées. Mais quand il arriva, les caravelles du turbulent favori de Fonseca étaient déjà loin. Roldan lui permit de séjourner à Xaragua jusqu’à ce que l’Amiral eût statué sur son sort. Fernando de Guevarra. profitant de sa bonne mine et de son élégance, s’était fait admettre à la cour de la reine Anacoana, et osait même aspirer à la main de sa fille, la jeune Higuenemota. Ayant su gagner les bonnes grâces de la charmante princesse, il obtint le consentement de sa mère à une union qu’il paraissait vouloir légitimer par le sacrement de l’Église. Mais soit que Roldan fût lui-même épris de cette jeune beauté, comme l’a dit Las Casas, ou bien qu’il ne crût point sérieuse la promesse de ce libertin éhonté, soit qu’il ne dût point souffrir dans la position précaire où se trouvait Fernando de Guevarra un mariage qui aurait donné quelque importance politique à un homme frappé administrativement par le Xice-Roi, le Grand Juge signifia à Guevarra de quitter sur-le-champ le quartier où il avait provisoirement élu domicile.
Nonobstant cet ordre, captivé par Higuenemota, le