‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 62 sur 444 · COMPLOT DE GUEVARRA CONTRE ROLDAN · texte numérisé non relu

COMPLOT DE GUEVARRA CONTRE ROLDAN

jeune hidalgo ne pouvait s’arracher des lieux qu’elle habitait. Informé de cette insoumission, Roldan üt venir Guevarra, l’admonesta sévèrement, lui reprochant d’abuser de la confiance d’une femme aussi éminente que l’était la reine Anacoana, déloyauté que ne pardonnerait point le grand Amiral. Guevarra le supplia de le laisser à Xaragua. Mais Roldan ayant été inflexible, il eut l’air de se résigner. Cependant le Grand Juge apprit qu'au lieu d’obéir, Guevarra s’était caché dans le palais môme de la Reine, et qu’il avait envoyé chercher un prêtre pour baptiser sa fiancée. Roldan le fit sommer de quitter à l’instant les Etats de Xaragua et d’aller se présenter en personne à l’Amiral pour demander ses ordres.

Mais, loin de s’exécuter, le présomptueux hidalgo répondit par des menaces à ces injonctions, et ourdit avec quelques mécontents un complot contre la vie du Grand Juge. On convint de s’emparer de lui par surprise et de lui arracher les yeux. Précisément Roldan , alors atteint d’ophthalmie, gardait la chambre. Informé de leur plan, il comprit qu’un coup de main vigoureux pouvait seul prévenir une nouvelle révolte; et lança un mandat d’amener contre Fernando de Guevarra et sept de ses complices. Leur subite arrestation s’opéra dans le palais même d’Anacoana et sous ses propres yeux. Tous les huit, chargés à l’instant de fers, furent dirigés sur la citadelle de Saint- Domingue.

En apprenant l’arrestation de Guevarra, son cousin Adrien de Mogica, ancien complice de Roldan, devint furieux contre lui. Il partit en diligence pour Ronao, lieu de réunion des anciens rebelles, qu’habitait Pedro de Riquelme, l’ami le plus intime de Roldan. Il ne fut pas difficile à Mogica de soulever les habitants de Ronao, et d’entraîner même Pedro de Riquelme, sur lequel Roldan

comptait si bien, qu’il l’avait nommé Lieutenant de Juge. Adrien de Mogica se trouvait à la tête d’une troupe nombreuse et pleine d’audace. Ils voulaient non-seulement délivrer Guevarra et se défaire de Roldan, qu’ils considéraient comme un traître, mais mettre à mort l’Amiral.

Roldan, instruit de leur projet, les suivait à la piste sans qu’ils s’en doutassent. Puis, durant une nuit où les principaux conspirateurs s’étaient rendus au lieu de la convocation, qu’ils croyaient entièrement secrète, le Grand Juge, homme hardi, robuste, fort habile aux armes, arrivant soudain avec sept domestiques et trois soldats résolus, fondit à l’improviste sur ce conciliabule réuni sans défiance, s’empara de la personne de Mogica, et de quelrjues-uns de ses complices, qu’il emmena également enchaînés à la citadelle de Saint-Domingue.

Sur-le-champ Roldan envoya son procès-verbal d’arrestation à l’Amiral, en lui demandant ses ordres.

L’Amiral était occupé aux fortifications de la Conception. Cette nouvelle lui fut une grande affliction et un embarras. Il s’était « promis de ne jamais touchera un cheveu. » Et « ce fut en versant des larmes 1 )> qu’il réponditau Grand Juge que, puisque sans motif ces incorrigibles perturbateurs avaient fait une nouvelle tentative de rébellion, il eût à faire justice de leur délit conformément aux lois du royaume. En conséquence, Roldan instruisit immédiatement leur procès. Adrien de Mogica, comme auteur de la conspiration, fut condamné à la peine de mort; et l’on prononça contre ses complices, suivant leur degré de culpabilité, le bannissement ou la détention. L’exécution de

1 Propres paroles de Christophe Colomb. — « Yo ténia propuesto en mi de no tocar el cabello â nadie, y â este por su ingratitud con lagrimas no se pudo guardar, asi como yo lo ténia pensado. » — Carta del Almirante al Ama del principe Don Juan .

-Mcl

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