‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 66 sur 444 · HOSTILITÉ DU ROI CONTRE COLOMB · texte numérisé non relu

HOSTILITÉ DU ROI CONTRE COLOMB

du grand homme-, jalousait la haute opinion et le respect affectueux qu’avait conçu pour lui la Reine. La constante confiance d’Isabelle irritait V égoïste susceptibilité du monarque. Dès Tannée 1496, il avait regretté le titre de Vice-Roi donné à un étranger, ce qui lui semblait diminuer la majesté de sa propre couronne. Dans ses lettres, il ne l’appelait jamais que « l’Amiral des Indes. » Les titres de Vice-Roi et de Gouverneur perpétuel étaient, avec intention, passés sous silence.

La nouvelle découverte de la Terre ferme et les profondes observations de Colomb sur ces régions ignorées, l’envoi des perles, des voiles peints et des joyaux d’or provenant de ces contrées mystérieuses, avaient fort satisfait la Reine. Cependant elle n écrivit point elle-même et chargea de la réponse l’Évêque Ordonnateur de la marine, qui, en lui accusant réception de ses lettres et rapports, le blâma de ne pas avoir instruit plus tôt les Rois de cette révolte, à laquelle ils eussent, disait-il, promptement remédié. Quant à Ferdinand, il ne trouvait point que les résultats de ces expéditions eussent jusqu’ici couvert les avances du trésor, et ne voyait dans la personne de Colomb qu’une occasion de stérile dépense. R prêtait complaisamment l’oreille à ses accusateurs.

Les mécontents revenus ou renvoyés de l’ile Espagnole, répandaient à Séville les calomnies que les courtisans de Roldan avaient fabriquées contre les Colombs. On ne peut nier que ces gens-là ne fussent remués par un intérêt identique et ne parussent exécuter de secrètes instructions. C’était à Séville qu'ils devaient toucher farriéré de leur solde ; car là seulement pouvaient s’effectuer valablement les payements pour les dépenses coloniales. Mais, par leurs refus ou leurs insinuations, les bureaux de la marine déterminèrent une cinquantaine de ces pa-

PRÉVENTIONS PE LA COUP. oô

resscux à s’en aller à Grenade demander an Roi Catholique leur solde arriérée. Ces impudents personnages osaient se poster dans la cour môme de l’Alhambra, et y attendre la sortie du monarque, pour le harceler de leurs interpellations et de ce cri : « Payez! payez1! » qu’ils faisaient retentir derrière sa voiture. Un jour môme ils osèrent acheter deux grands paniers de raisins formant la charge d’un mulet, et se mettre à les manger sous les fenêtres de Ferdinand, en criant que, grâce à l’ingratitude du Roi et de l’Amiral, c’était là l’unique nourriture permise à leur misère. Et quand par hasard les enfants do Colomb, que leur office de pages de la Reine obligeait à traverser les cours du palais, venaient à paraître, ces impudents paresseux poussaient des cris qui montaient jusqu’aux nues , et poursuivaient les deux pages eu criant : « Voici les fils de l’Amiral des moucherons, de celui qui a trouvé les terres de vanité et de mensonge pour le malheur et l’ensevelissement des gentilshommes de Castille2! »

L’étrange patience du Roi à l’égard de ces réclamations insolentes , la liberté laissée à cet attroupement de camper dans la cour du palais pour épier la sortie du souverain, d’ordinaire peu endurant, et renouveler ses insultes, dit suffisamment que l’astucieux monarque, dissimulé jusque dans les plus intimes rapports de la vie, avait quelque intérêt à souffrir ces outrages. 11 laissait

1 « Se il Ré Cattolico usciva fuori tutti lo circondavano e toglievanlo in mezzo, gridando « paga, paga. » — Fernando Colomb, Vita dclV Am miragüo, cap. lxxxv.

2 « Gridavano lino al cielo, e ci perseguitavano dicendo « ecco i figliacoli dell’ Ammiraglio de’ mosciolini, di colui elle ha trovate terre di vanita e d’inganno por sepultura e miseria de’ gontiluomini castigliani. » — Fernando Colombo, VUa delV Ammiraglio , cap. lxxxv.

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