PLAINTES DES MÉCONTENTS
ces clameurs retentir si haut que nul ne pût les ignorer-, elles pénétraient jusque dans les appartements de la Reine. Il lui fallait un scandale pour ébranler la confiance et l’admiration d’Isabelle.
Des griefs vociférés de pareille façon ne pouvaient manquer d’être entendus. La Reine s’enquit.
Ces gens-là se plaignaient de la misère où les avait réduits l’Amiral, après les avoir accablés de corvées et de mauvais traitements. Ils lui attribuaient leur maladie comme leur pauvreté. Ils l’accusaient de vouloir faire mourir tous les vrais hidalgos, afin que, n’ayant plus sous ses ordres que des gens sans aveu, il lui devint facile de les insurger contre les rois et de se déclarer souverain indépendant 1 $ que, dans ce but, il avait pris ses mesures, d'accord avec certains caciques. Qu’il empêchait de travailler aux mines, de peur que l’on ne connût trop tôt des richesses qu’il réservait pour lui seul. C’était ainsi qu’il avait d’abord espéré cacher le gisement des perles ; et il ne s’était décidé à ep parler qu’après avoir su que sa découverte transpirait dans le public. Son avidité était seule égalée par sa superbe. Il se faisait une joie d’humilier les Castillans, les gentilshommes surtout. Pendant la disette, s’ils demandaient la permission d’aller chercher à manger, l'Amiral la leur accordait: ensuite il niait avoir donné cette autorisation, et
sur cela, sans rémission, les faisait pendre. Egalement, on l’accusait d’avoir empêché les prêtres et les religieux de donner le baptême aux Indiens qu’ils en jugeaient dignes, parce qu’il aimait mieux pouvoir les faire esclaves que chrétiens.
1 « Comincierono adunque questi nobili â. publicare per tutta la corte, corne Colombo e suo fratello trovandosi richissimi, si volevano dell’ isole impatrovire e farsi Signori di tutti i paesi ritrovati. » — Girolamo Benzoni, la Historia del Monclo Nuovo , lib. I, fol. 23, verso.