VENTE DES INDIENS
en principe, rien d’incompatible avec l’égalité chrétienne. Mais elle ne méconnaissait point la nécessité de l’esclavage comme moyen d’intimidation et d’action répressive. Au moment même où les bureaux de la marine faisaient éclater leur âpre indignation contre Colomb, pour avoir permis à des Espagnols d’emmener avec eux des esclaves légaux, moyennant le libre consentement de ceux-ci, Àlonzo de Ojeda1, le protégé de l’évêque Ordonnateur, opérait fort tranquillement, sous les yeux de ces tendres philanthropes, la vente des malheureux Indiens de Porto- Piicco qu’il avait enlevés, sans provocation de leur part, en véritable voleur d’hommes. Pendant cette explosion de vertu soulevée, la Reine signait à Séville, le 5 juin 1500, avec le Notaire navigateur Rodrigo de Rastidas, un contrat dans lequel elle se réservait le quart des esclaves2 qu’il aurait occasion de faire. Précédemment, la Reine avait ordonné de fournir au capitaine de mer, Juan de Lescano, cinquante Indiens choisis parmi les hommes de vingt à quarante ans, pour servir de rameurs sur les galères3. Et trois ans après, Isabelle, adoptant franchement l’idée de Colomb, par décret du 30 octobre 1503, autorisa chacun de ses sujets dans les Indes à faire esclaves tous les cannibales dont il pourrait s’emparer. On pouvait les vendre et les acheter sans encourir aucune peine, parce que, disait-elle, « en étant transportés dans nos
1 La conduite d'Ojeda, impunément pillard et voleur d’hommes, était si contraire à l’humanité, que l’Aumônier de son escadrille ne pouvant supporter la vue de son brigandage, s’échappa et se cacha dans les bois de l’Espagnole jusqu’après le départ de scs caravelles. — Herrera, Histoire générale des Indes occidentales. Décade ire, liv. IV, chap. iv.
* Asiento con Rodrigo de Bastidas . — Regist. del archiv. de Ind. en Sevilla.
* Ordre du 13 janvier 1^96. — Suplemento primero ci la colcccion diplomatica, n° xxxm.