LE SIEGE DE LA FORTERESSE
en propre personne sur les créneaux, quand se présenta le nouveau gouverneur. Celui-ci, après avoir fait réitérer lecture de ses pouvoirs, notifia à Y alcade de lui livrer les prisonniers. Miguel Diaz demanda à vérifier, de ses yeux, ses pouvoirs, et en demanda copie. Bobadilla répondit qu’il n'y avait pas à temporiser pour prévenir une exécution à mort, et qu’on eût à lui remettre à finstaut les prisonniers. L’alcade répliqua que, tenant son commandement de l’Amiral qui avait conquis ces îles, il attendrait ses instructions. Sa fermeté ne laissant pas à Bobadilla l’espérance de la séduire, il se retira pour l’instant et alla préparer l’attaque de la forteresse.
Le nouveau gouverneur fit débarquer les marins des deux caravelles, les réunit aux vingt-cinq hommes emmenés à la solde royale, rassembla à l’instant les militaires épars dans la ville, fit appel à tous ceux qui se plaignaient de Colomb, et, suivi de ce gros de mécontents, vint faire le siège de cette forteresse, qui n’avait de sérieux que son nom. Bobadilla forma ses colonnes d’attaque sous le canon des remparts qui resta muet, et donna bravement ses ordres.
La première compagnie, vigoureusement lancee contre la principale porte, lui imprima une telle secousse que ses gonds s’ébranlèrent ; les ais vermoulus éclatèrent ; les verrous se rompirent; la serrure céda bientôt; et 1 entree fut libre inopinément, pendant que l’on plantait des échelles contre les bastions, et que l’on commençait un assaut inutile, puisque déjà la grande porte était ouverte. Durant ce simulacre d’assaut, deux hommes seuls avaient paru entre les créneaux l’épée à la main, prêts à combattre : l’alcade Miguel Diaz et Diego de Alvarado, secrétaire de l’Amiral. Le gouverneur, triomphant, fit une entrée bruyante dans la citadelle ouverte , ordonna que les pri-