BOBADILLA S’EMPARE DES BIENS 1JE COLOMB
sonniers qu’on avait trouvés renfermés dans une salle, les fers aux pieds, lui fussent amenés; et, après un succinct interrogatoire, sans constatation écrite, il les remit a la garde de l’alguazil Juan Espinosa.
De là il courut à une prise non moins facile. Il s’empara de la propre maison du Vice-Roi, qui désormais n’en aurait plus besoin, disait-il, car il allait l’envoyer en Espagne avec ses deux frères, chargés de fers1. Il prit possession de tout son mobilier, cadeau personnel de la Reine. Il s’empara de sa vaisselle, de son linge, de ses chevaux, de ses armes, de ses vêtements, de ses perles, de ses pierreries; prit tout le numéraire, tout 1 or en guangueet en lingots qu’il trouva; cela sans témoins, sans vérification, sans inventaire; fit disparaître des pépites d’or précieuses, des échantillons rares que l’Amiral avait mis en réserve pour les montrer aux Rois, des grains trèsgros pareils à des œufs d’oie ou de poule, et une chaîne d’or qui pesait jusqu’à vingt marcs. Les curiosités minéralogiques, les rares coquillages, les collections végétales qu’il avait réunies ou formées dans ses voyages, les figurines, les souvenirs religieux qui lui avaient été donnés devinrent la proie de cet ignorant cupide et brutal. Les remarques et notes de Colomb, les observations de sa sagacité, les aperceptions de son génie, ses cartes, ses dessins, ses notes scientifiques 2, les épanchements de sa piété, les plus intimes confidences de ce cœur sublime lurent fouillés et souillés par le regard de ce sycophante. Il confisqua comme une dépouille légitime les secrets du
1 Christophe Colomb. — « Y publicô que à mi me habia de enviar en fierros, y â mis bermanos. » — Carta del Almirante al Ama del principe D. Juan .
2 Herrera, Histoire générale des voyages , etc., dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. IY, chap. ix.
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