‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 84 sur 444 · COLOMB SE REND VERS DOBADILLA · texte numérisé non relu

COLOMB SE REND VERS DOBADILLA

La lettre, signée du Roi et de la Reine, portait le contreseing du secrétaire Miguel Perez d’Almazan R n’y avait plus à douter. Les souverains brisaient les conventions faites avec lui; violaient leur parole, leur signature, et disposaient de privilèges et de charges qui étaient devenus sa propriété, qui appartenaient à sa descendance. Ils le frappaient ainsi avant de s’informer, de lui permettre aucune justification. Et cela contre toute bienséance , toute raison, toute équité, sans l’ombre d’un tort de sa part. Au premier instant, devant cette iniquité renversante, qui aurait égaré la raison de tout autre mortel, Colomb fut abîmé de tristesse, et rougit de honte pour les Rois. Mais, s’ils étouffaient la reconnaissance, oubliaient leurs promesses et faussaient leur parole, l’Amiral respectait ses serments. 11 résolut de ne point rompre l’obéissance, et de donner chrétiennement l’exemple de la soumission à l’autorité même injuste. Seulement son cœur gémissait en secret; car cette Isabelle, toujours si grande, si généreuse et si pure, s’était laissée surprendre par les ennemis de sa gloire. Il en souffrait pour elle bien plus que pour lui.

Colomb, afin de ne pas offusquer la superbe du nouveau gouverneur, prit la route de Saint-Domingue à cheval, sans escorte, presque sans domestiques2; n’ayant pour ceinturon que son cordon de Saint François; et pour arme, que son bréviaire. Ce fut ainsi entre la prière, la poésie des psaumes et la contemplation de la nature équinoxiale que le disciple de la Croix, pleinement résigné à la volonté divine, vint humblement au devant de son ennemi. Dès que Robadilla fut averti de son appro-

1 Coleccion diplomaties. — Documentes , n° exxx.

2 « Y luego parti asi como le dija muv solo. »» — Christophe Colomb, Cai ta del A Imirante al Ama del principe D. Juan%

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