EXQUÊTE OUVERTE PAR BOBADILLA
habitué aux privations se plaignît de sa ration de prisonnier, elle devait être bien nauséabonde.
Pendant qu’il subissait de « très-mauvais traitements1 » sans savoir encore de quels crimes on l’accusait, Bobadilla finit par où il aurait dû commencer en mettant le pied à l’Espagnole-, il ouvrit une enquête au sujet des troubles qui avaient éclaté dans l’île. Mais au lieu de saisir au corps, suivant les ordres de la Pleine, ceux qui s’étaient révoltés contre l’Amiral et ses frères, ayant renversé le sens de ses instructions, il apppela tous les rebelles, les factieux, les criminels, les prisonniers qu’il avait relâchés à venir déposer contre l’Amiral, l’Adelantado et même le pacilique don Diego Colomb. La réunion de ces hommes sans foi dissipa l’intérêt involontaire qu’avait excité l’emprisonnement de l’Amiral. Tous ceux que sa clairvoyance avait troublés dans leurs rapines , leur conduite licencieuse , leur tyrannie contre les Indiens ou leurs malversations commencèrent à formuler leurs plaintes. Il y eut entre eux émulation de haine, concours de diffamation. Le directeur de l’hôpital, Diego Ortiz, se signala par son impudence. Colomb, dans sa sollicitude pour les malades, surveillait la qualité des vivres, des médicaments, l’emploi du matériel et des approvisionnements, faisait vérifier la comptabilité-, c’est pourquoi Diego Ortiz, non content des placards injurieux affichéssur les murs de Saint-Domingue , se mit à composer uni libelle contre l’Amiral, et à lire en public les aigres élucubrations de sa rancune.
L’originalité de sa mordante satire, peut-être l’audacede ses calomnies, et surtout les dispositions de son audi-
1 Paroles de Christophe Colomb. « Desnudo en cuerpoj con muy mal tratamiento. » — Cuarto y ültimo viage de Colon.
2 Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio, cap. ixxxvi.