JOIE DES ENNEMIS DE COLOMB
toire, lui valurent une grande vogue. Comme il arrive d’ordinaire, le succès suscita des rivaux. Bientôt les clabaudeurs à l’envi l’un de l’autre essayèrent de tailler leur plume. Ce fut une grande joie pour le nouveau gouverneur, qui parvint ainsi, par la seule force des choses, à répandre contre l’Amiral des faits d une noirceur incroyable. Colomb, dans sa pureté, n’imaginait pas qu’en enfer1 même on en inventât de pareils. Avec un peu moins de prévention et d’habitude du mensonge, ces accusateurs auraient reconnu qu’ils dépassaient leur but à force d’exagération. Mais l’œil, troublé par la fureur, ne calcule pas les distances, se trompe sur les proportions. Les partisans du régime de Bobadilla n’auraient eu qu’un triomphe incomplet s’ils n’en eussent pu rendre témoins les Colomb. Ils faisaient éclater leur joie sur les remparts de la forteresse, au-dessus de la prison de l’Amiral; allaient jouer lu cor et sonner leurs fanfares autour des caravelles où ses deux frères étaient enchaînés2.
Pendant ce temps, l’instruction de la procédure contre les Colomb avançait. Tout le monde s’entretenait de eurs forfaits, qu’eux seuls ignoraient encore. Vraiment ils fie savaient point le motif de leur arrestation. On ne leur ivait signifie aucun acte. Le secret le plus rigoureux était continué à leur égard. Le nouveau gouverneur avait détendu, sous peine de mort, de communiquer avec eux.
Cependant, quand il parut que l’enquête avait recueilli contre ces coupables les preuves de tous les genres de -rime, hors la moindre faute contre la chasteté, Bobadilla ’ésolut d’envoyer les trois prisonniers à l’évêque Ordonlateur de la marine, ou à son ami Gonzalo Gomez Cer-
1 Christophe Colomb. — a Que al infierno nunca se supo de las senejantes. » — Carta del Almirante al Ama del principe D. Juan .
2 Fernando Colombo, Vit a delV Ammiraglio , cap. lxxxvi.