‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 88 sur 444 · EMBARQUEMENT DE L’AMIRAL ET SES FRÈRES · texte numérisé non relu

EMBARQUEMENT DE L’AMIRAL ET SES FRÈRES

vantes à Cadix. Pour assurer la stricte exécution de ses ordres, il choisit un jeune ofïicier, Alonzo de Vallejo, arrivé avec lui d’Espagne , neveu de Gonzalo Gomez de Cervantes et protégé familier de Fonseca, dans la maison duquel il avait grandi1.

De sinistres appréhensions assiégeaient l’esprit de l’Amiral. Ce dédain de toute forme de justice, ce secret rigoureux, ce traitement inhumain étaient de fâcheux augure. 11 n’osait prévoir où s’arrêterait l’attentat commencé contre lui. Et lorsque le silence de son obscure prison fut tout à coup troublé par un cliquetis d’armes et de pas militaires, il ne douta point qu’on ne vînt l’assassiner ou le conduire à l’échafaud. En reconnaissant à la tète du piquet de soldats un favori de l’évêque Fou seca, le jeune Yallejo, qu’autrefois il avait vu à Séville, l’Amiral crut que sa dernière heure était sonnée. 11 lui dit tristement : « Yallejo, où me conduis-tu? » L’officier répondit : « Je conduis Yotre Seigneurie à bord de la Gorda , qui va partir. » L’Amiral doutant encore, et craignant que par un reste d’humanité l’officier le trompât, insista en ces termes : « Vallejo , ce que tu me dis là estil véritable? » Yallejo, qui malgré ses protecteurs était un vrai gentilhomme , répliqua : <c Par la vie de Votre Seigneurie, je jure que je la mène à la caravelle pour s’embarquer2. » L’accent de franchise du marin rassura l’Ami- - ral. 11 se sentit soulagé d’un poids énorme, car en ce moment sa paupière s’humectait de tristesse. Il redoutait d’être exécuté sans jugement comme il avait été incarcéré sans procédure, et de laisser après lui ses enfants enseve-

1 Herrera, Histoire générale des voyages , etc., dans les Indes occidentales. Décade îre, liv. IV, cliap. x.

2 Las Casas, Uistoria de las Indias, lib, I, cap. clxxx. Ms.

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