LES TROIS FRÈRES RAMENÉS EN ESPAGNE
lis sous l’opprobre dont ses adversaires auraient accablé sa mémoire.
Colomb fut installé à bord de la Gorda , dans laquelle se trouvaient ses deux frères.
Tous trois étaient chargés de fers.
Les volumineuses enquêtes faites contre eux ayant été confiées aux soins d’Alonzo de Vallejo, commandant, et d’Andres Martin, maître de la caravelle, au commencement d’octobre, on leva fancre.
Bien qu’Alonzo de Vallejo, en sa double qualité de neveu de Gonzalo Gômez de Cervantes et de protégé de l’évêque ordonnateur Juan de Fonseca, possédât l’entière confiance du Commandeur, il était par son propre fond homme d’honneur, au dire de Las Casas, qui le connaissait intimement et l’avouait pour ami ; il avait le caractère d un véritable hidalgo. Vallejo souffrait intérieurement de voir dans les fers le maître de tous les navigateurs, le vainqueur de la mer ténébreuse, dont la dignité douce et calme au milieu de tant d affronts démentait seule les imputations odieuses soulevées contre sa gloire depuis quelques semaines. Le maître de la Govda , le vieux marin Andres Martin, partageait en silence les sympathies du jeune capitaine. Aussi, dès qu’on eut perdu de vue le port, s’approchèrent-ils respectueusement de l’Amiral, le priant de leur permettre de le débarrasser de ses fers1. Colomb, qui ne rougissait pas pour lui, mais uniquement pour les Rois, de la honte dont on avait cru le flétrir, grandi par l’injustice, épuré par la persécution, refusa cet allégement à ses maux. 11 ne voulut pas même à cette distance, dans la liberté de l'Océan et sous la responsabilité
1 « Qaantumque poi in mare... volesse trarre i ferri ail' Ammira-
glio, a che egli non consenti mai... » — Fernando Colombo, Vita delV ' Amniii'aglio, cap. lxxxyi.