COLOMB VEUT GARDER SES FERS
du capitaine, paraître contrevenir aux ordres donnés par le mandataire des souverains. Malgré l’assujettissement, les incommodités et les souffrances qu’occasionnaient ces chaînes à ses membres endoloris, il les garda, ne reconnaissant qu’aux Rois, au nom desquels on l’avait chargé, le pouvoir de l’en délivrer.
Le disciple de l’Évangile ne fit entendre aucune plainte, n’exhala aucune amertume. Il ne formula aucune protestation contre la violence commise envers lui et l’indignité de ce traitement. Il se tut, voulant donner l’exemple d’une chrétienne soumission à l’autorité légitime même quand elle se trompe ou abuse. Mais si Colomb n’adressa aucune représentation aux souverains sur l’iniquité dont il souffrait, son cœur se soulagea du moins, en écrivant à la vertueuse amie de la Reine, dona Juana de la Torre, qui avait nourri de son lait le fils d’Isabelle, l’Infant don Juan.
Pour éviter toute méprise historique, il est peut-être bon d’expliquer ici de quelle manière dona Juana de la Torre se trouvait réellement la nourrice du Prince royal de Castille, l'infant don Juan, alors que ce titre de nourrice, Ama, si éminent et si jalousé de la grandesse, revenait de plein droit à la plus noble et la plus qualifiée d’entre les femmes du royaume.
L’éducation devant commencer au berceau, parce que d’ordinaire les premières impressions influent sur le reste de la vie , il était admis en Espagne que la femme la plus rapprochée de la Reine par l’ancienneté du lignage, l’éclat du rang, l’illustration jointe à la vertu, méritait seule de donner la première alimentation et les premiers soins à l’héritier du sceptre.
Quand donc, le mardi 30 juin 1478, naquit à Séville l’infant don Juan, le premier acte de la Reine Catholique fut de nommer officiellement pour sa nourrice la