LA NOURRICE DU PRINCE ROYAL DE CASTILLE
plus noble matrone des Espagnes : doua Maria de Guzman ', femme de l’illustre Pedro de Ayala, et tante de don Juan de Guzman, l’héritier de Medina-Sidonia.
Dona Maria descendait de cette antique souche des Guzman, qui, au moyen âge, en sus de ses exploits, eut la gloire de donner à l’Église, par saint Dominique, la vaillante milice des frères prêcheurs, et qui, de nos jours, a doté la France d’un type aussi ravissant qu inimitable des grâces souveraines, dans la personne de Sa Majesté l’impératrice Eugénie.
Ainsi que la nourrice de l’Infant, la femme choisie pour marraine du rejeton royal sortait des plus puis-
santes maisons de Castille.
Lors du baptême de don Juan, où les parrains furent sa sainteté le Pape, le roi de France, la république de Venise et le royaume de Castille, individuellement représentés par le Nonce apostolique, le comte de Beaumont, le plénipotentiaire de V enise et le grand connétable don Pedro Fernandez de Velasco, dans la noblesse des deux royaumes, on ne trouva qu’une marraine possible pour soutenir l’honneur d’un tel parrainage; ce fut doua Léonor de Ribera y Mendoza , duchesse de Médina- Sidonia 2, également unie par le sang aux aïeux de Son Excellence mademoiselle Eugénie de Montijo, comtesse de Téba, Impératrice des Français.
Evidemment, dans sa haute situation, avec ses cbli-
1 « La cual déclaré luego Aya del principe, que llaman comunmente Ama (durando esto estilo antiguo) a doua Maria de Guzman. » — Ortiz de Zuniga, Anales ecclesiasticos y seculares de ta muy noble y mu y leal ciudad de Sevilla , lib. XII. Ano 147 8. §11, p. 388.
* « Fueron padrinos, el Nuncio de el Pontifice, el embaxador de Venecia, el condestable don Pedro de Velasco, el conde de Veaumont, y madrina sola, la duquesa de Médina Sidonia, doua Leonor de Ribera y Mendoza. » — Andres Bernaldez, la Historïa de los Reyes Catôlicos .
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gâtions princières , ses royales attenances , la nourrice en titre ne pouvait s’astreindre régulièrement aux devoirs de sa charge -, elle n’en acceptait les prérogatives, et les privilèges, que pour lui rendre en lustre ce quelle en recevait en honneur. Dès qu’elle avait satisfait aux exigences de l’étiquette, et marqué sa déférence à l’autorité suprême, en rehaussant de sa présence les grandes solennités, dona Maria de Guzman retournait trôner à sa propre cour, dans ses villes ou ses châteaux. Il fallait donc, après la nourrice officielle et honorifique , une nourrice officieuse et remplissant futilité de son emploi. La tendresse de la Reine choisit avec soin une femme dont les qualités morales répondissent aux conditions physiques nécessaires pour un office si important. Elle désigna, pour se substituer dans le seul bonheur qu’elle enviât, dona Juana de la Torre, sœur de son secrétaire Pedro de Torres et d’Antonio de Torres, emmené par l’Amiral à l’Espagnole, lors de son second voyage. L’amitié de doua Juana de la Torre était devenue nécessaire à la Reine. Isabelle la combla d’une bonté quelle étendit à ses enfants
L’élévation d’esprit et la piété d’esprit de dona Juana, peut-être aussi son amour de la Nature, lui avaient mérité les affectueuses sympathies et la confiance de Christophe Colomb. Ce fut donc à elle qu’il fit savoir d’abord l’étrange bouleversement survenu dans son existence.
1 Par ordre, datée de Grenade le 31 août 1499, la Reine lui avait constitué une rente annuelle de soixante mille maravédis. Après sa mort, la Reine donna en dot à sa fille un million et demi de maravédis, le 11 juillet 1503, se trouvant à Alcala de Hénarez.