LETTRE DE L’AMIRAL A DONA JUANA
§ in.
' Cette lettre, que nous voudrions reproduire religieusement dans son entier, porte au plus haut relief l’expression du caractère providentiel et de la mission surhumaine de Colomb.
Ce qui frappe d’abord dans sa contexture, c’est la rapide empreinte de sa spontanéité, l’absence d’arrangement, l’oubli de tout ordre d’exposition. On voit qu’il a laissé courir sa plume aux battements de son cœur. Dans la précipitation de son épanchement, nulle aigreur ne dépare l’énergie de sa plainte 5 souvent çà et là éclate, àson insu, le sublime. Il y a de l’infini dans sa manière. Son offense est au-dessus de nos expressions. Son outrage est incalculable, puisqu’il doit se proportionner sur des services sans prix. On sent dans l’entraînement supérieur de son style, le mouvement d’un chrétien inspiré et le naïf langage de l’homme de mer.
La disgrâce n’émeut point Colomb à la façon ordinaire.. Il ne considère pas cette adversité comme un fait purement individuel, la conséquence d’une hostilité de personnes ou de coterie. Il reconnaît, dans ce qu’il éprouve, la lutte du monde contre l’esprit de foi. ((Si c’est une « nouveauté, dit-il, que de me plaindre du monde, son (( habitude de maltraiter est fort ancienne. Il m’a livré « mille combats, et j ai résisté à tous jusqu’à ce moment,
(( où n’ont pu me servir ni armes, ni conseils. C’est avec « barbarie qu’il m’a coulé à fond1. » Cependant, tout « coulé à fond » qu’il paraît aux yeux du monde, le dis-
Propres paroles de Christophe Colomb. — « Con crueldad me tiene
echado al fondo. » — Carta del Almirante al Ama del principe D. Juan.