LETTRE DE COLOMB A DONA JUANA
ciple du Verbe ne faiblit point. « L’espérance dans celui
« qui nous a tous créés me soutient, ajoute-t-il; son secours
« fut toujours très-prompt. Il n’y a pas longtemps, étant « encore plus abaissé, il me releva de son bras divin, me « disant : O homme de peu de foi, releve-toi ; c est moi ;
« sois sans crainte1. » Il rappelle à la vertueuse Juana qu’il a été comme poussé du dehors à venir « servir ces princes « avec une affection intime et leur rendre des services « inouïs. » Dieu, dit-il, « me fit le messager du nouveau « ciel et de la nouvelle terre dont il parlait dans 1 Àpoca- « lypse par la bouche de saint Jean, apiès en avoir pailé « par celle d’Isaïe, et il me montra le lieu où l’on devait « les trouver. Tous se montrèrent incrédules. Mais le « Seigneur donna à la Heine, ma maîtresse, 1 esprit d in- « telligence, lui accorda le courage necessaire, et la rendit « héritière de tout ( ce Nouveau Monde ) , comme étant
« sa fille chère et bien-aimée 2. »
Le revirement de l’opinion contre lui, les mesures violentes qui marquent le dédain autant que l’ingratitude, ne le déconcertent pas. Il sait que les affaires qu’il a conduites « sont de celles qui ne peuvent que gagner de jour « en jour dans l’estime des hommes. » Pourtant on est arrivé à ce point, qu’il n’est pas jusqu’au plus vil des misérables qui ne se croie en droit de l’outrager ; « mais, dit-il, « grâce à Dieu, on le contera quelque jour de par le monde « à qui aura le pouvoir de ne le point souffrir3. »
1 « o hombre de poca fede, levantate que yo soy, no hayas miedo. » Carta ciel Almirante al Ama del 'principe D. Juan.
2 « En todos hobo incredulidad, y â la Reina mi senora diô dello el espîritu de inteligencia y esfuerzo grande, y lo liizo de todo heiedeia, como â cara y muy amada hija. »
» « Por virtud se contarâ en el mundo â quien pude no consentillo. »
Carta del Almirante al Ama del principe D. Juan.