‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 100 sur 316 · JOURNAL DE COLOMB · texte numérisé non relu

JOURNAL DE COLOMB

que c est après avoir terminé la guerre contre les Maures et arboré la Croix sur les tours de FAlhambra, que dans leur prosélytisme les deux Rois l’envoient vers les contiées de 1 Inde, pour voir les princes et les peuples de ces pajs-là, et la manière dont on pourrait les convertir à notre sainte foi. Il termine cette introduction à son jour* nal, en disant qu’il écrira chaque nuit les événements du jour, et chaque jour la navigation de la nuit; qu’il inscrira sur une carte les eaux et les terres du grand Océan, et qu il bannira le sommeil pour diriger la navigation, afin d accomplir ces choses qui vont exiger de grands efforts.

Le premier jour les caravelles, poussées par une bonne brise, avaient le cap au sud-ouest quart sud.

Le lendemain, samedi, tout alla bien.

Le dimanche, Saoùt, on franchit plus de quarante lieues.

Le lundi la brise fraîchit sensiblement ^ bientôt la Pinta fit un signal de détresse, son timon s’était démis 5 les pièces en étaient désassemblées. Colomb ne pouvant remédier à 1 accident à cause de la houle, parce qu’il ventait grand frais, s’approcha cependant, suivant la coutume des amiraux de Castille en cas semblable. Il reconnut là une machination des propriétaires du navire : Cornez Rascon et Cristobal Quintero qui avaient déjà essayé ce même moyen de retarder le départ, espérant s’y soustraire. Martin Alonzo Pinzon, le capitaine, fit assujettir fortement par des cordages les pièces démontées, et l’on continua à faire route. Le lendemain la mer grossit 5 le gouvernail se disloqua de nouveau. On le rajusta comme on put, et l’on se dirigea sur les Canaries. Les pilotes des trois caravelles se contre-disaient sur le rumb à tenir pour y aborder au plus tôt. Colomb dit son avis, tout opposé aux leurs; et l’événement lui donna raison.

AUHIVÉE AUX CANARIES.

Ils arrivèrent dans la nuit. Le comnaandant ordonna au capitaine de la Pinta de rester à la Grande Canarie, pendant qu’il tâcherait lui-même de se procurer un navire pour la remplacer. iVyant inutilement cherc hé et attendu pendant plus de trois semaines, il lit radouber la Pinia^ poser un nouveau gouvernail, et changer en voiles carrées, la voilure triangulaire de la Nina. Après avoir renouvelé leur provision d’eau, de hois et pris des vivres frais, ils appareillèrent le jeudi 6 septembre. En ce moment un bâtiment qui venait de l’île de Fer, apprit au commandant que trois caravelles portugaises croisaient dans ces parages pour l’enlever. La colère du roi Joamll, courrouce du relus de Colomb, le poursuivait sur l’Océan^ et par comble d’inquiétude, un calme plat le fixait dans les eaux de la Gomera, en vue du pic de Ténérilfe dont les éruptions volcaniques épouvantaient Téquipage.

Cette situation pleine d’anxiété dura du jeudi matin au samedi avant l’aube. Enfin, profitant des moindres souffles, il avança un peu et reconnut la dernière des Canaries, l’île de Fer, précisément celle où l’attendaient les caravelles portugaises. « Il se trouvait donc, dit Washington Irving, dans le voisinage du danger. Heureusement une brise s’éleva avec le soleil , les voiles se gonflèrent de nouveau, et dans la journée les hauteurs de Ferro s’effacèrent graduellement de l’horizon. )> Dès le début de cette étonnante navigation, nous constatons, par les propres paroles d’un écrivain protestant, le premier secours que reçut de la Providence son messager Christophe Colomb. Ce ne fut pas le seul. Dieu ne cessa de l’assister. Si les lois ordinaires du monde ne furent jamais interverties en sa faveur , toutefois les coïncidences les plus heureuses arrivèrent toujours à son aide, avec un à-propos tellement miraculeux, qu’elles dispensaient de miracles.

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