‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 101 sur 316 · VARIATION DE LA BOUSSOLE · texte numérisé non relu

VARIATION DE LA BOUSSOLE

§ ni.

Ici finissait la science des plus habiles marins-, on allait entrer dans les régions de l’inconnu. Tandis que le cœur de Colomb palpitait d’une noble joie en s’élançant sur une route que nul homme n’avait parcourue, l’équipage, après avoir vu disparaître les dernières cimes de l’île de Fer, commença à se lamenter. Les matelots se désolaient, désespérant de jamais revoir la patrie. L’Amiral s’efforça de les rassurer , leur parla de ce qui pouvait tenter ces esprits matériels et cupides. Il les ranima un peu. Cependant par prudence, à dater de ce jour, il écrivit la route sur deux livres distincts ; en marquant une distance de convention pour l’équipage, et gardant le chiffre vrai pour lui seul. Il craignait d’alarmer ses officiers en indiquant un trajet trop long : sa prévision ne fut pas en défaut.

Durant trois jours et trois nuits, il continua de voguer au sud-ouest, corrigeant fréquemment l’erreur des timoniers dont la main craintive hésitait à maintenir la barre dans une direction si franchement opposée à l’Europe. Sous une brise propice , il mesurait les plaines mouvantes de ces espaces formidables, et s’éloignait toujours plus du vieux monde. En s’avançant ainsi vers les terres inconnues, tout ce qu’il éprouvait de joie et de confiance était ressenti en amertume et en secrète désolation par les équipages.

Cependant peu à peu , tandis qu’on marchait vers l’ouest, commençait à se faire sentir une notable différence dans l’éclat du jour, l’effet des lointains, la teinte des eaux. Les cieux aussi paraissaient changer. Les constellations familières aux marins semblaient s’éloigner, s abaisser à

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