INQUIÉTUDE DES MARINS
Tous accueillirent avec joie cet indice de la proximité des terres. Mais le commandant ne partagea point leur erreur, et dit : « Je calcule que la terre ferme est plus loin^ )> On était poussé par un vent agréable-, les courants favorisaient la navigation ^ l’herbe se montrait à foison *, c’était du goémon des rochers ^ et cependant l’équipage restait sombre. Les pilotes ne parlaient pas, mais se regardaient avec une taciturnité sinistre. Ils ne se plaignaient point; ils semblaient vouloir mutuellement se cacher la cause de leur inquiétude. Le commandant les devina : ils avaient enfin aperçu la variation magnétique. Alors son génie mitai leur portée une explication scientifique de ce phénomène, qui les rassura pour l’instant.
Le 17 septembre, ils atteignaient déjà ces parages où l’intluence tropicale se fait délicieusement sentir. « On éprouvait un vrai plaisir à jouir de la beauté des matinées,, dit Las Casas; il n’y manquait que le chant des rossignols., Le temps était là comme au mois d’avril en Andalousie. ))i L’air devenait de plus en plus tempéré.
§ IV
Vers cette partie du globe qui avoisine les prairies océa niques, une mystérieuse division cosmographique semble* s’opérer dans les deux comme dans les eaux ; quelque* chose d’inconnu et d’inéprouvé agit sur l’homme. On ai des aspects imposants; on ressent la lointaine puissance^ des régions équatoriales et les présages du ciel austral.
Sous ces majestueuses latitudes, l’Océan ne le cède pasà la terre pour la magnificence. Une indicible suavité* s’épand dans l’air, dont la pureté diaphane, imbibée de*
1 Journal de Colomb. « Porque la tierra firme hago mas adelante. » — Domingo f 16 de setiembre.