‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 105 sur 316 · ASPECTS NOUVEAUX DE L’OCÉAN · texte numérisé non relu

ASPECTS NOUVEAUX DE L’OCÉAN

1 Esprit, qui au commencement était porté sur les eaux et la grâce du \ erbe, par qui tout a été fait, resplendissent souverainement dans l’amplitude des mers.

Depuis l’origine du Monde, ces merveilles se déployaient aux seuls regards des esprits célestes ; pour les habitants t e ce J, O e, elles restaient comme n’étant pas. La poésie de ces vigoureux aspects et l’ampleur de ces harmonies pélagiques n’étaient point encore soupçonnées de la Terre, ^n in es austères beautés et les solennelles grandeurs de 1 Ucean équinoxial, jusqu’alors inconnues, se dévoilèrent aux yeux de l’homme. Pour la première fois depuis la création, l’intelligence humaine respirait sous ces latitudes, jusque-là domaine exclusif des pétrels, des goélands, des marsouins et de cétacés gigantesques. Et celui qu avait daigné choisir la Providence, pour guider sur 1 abîme des âmes immortelles, était la plus haute personni ication de l’intuition et de l’amour du Créateur. Ni avant ni après ce jour, une plus sainte curiosité et une plus vive compréhension de la nature ne palpitèrent dans ces mouvantes régions.

L effigie sacrée de notre Rédempteur, arborée au grand mât sur 1 étendard de l’expédition que déployait la brise, semblait, conjurant les forces brutales de l’air, sanctifier les éléments en traversant sous les feux du soleil les horizons éclatants, et dans la nuit les vagues phosphorescentes. Chaque soir, des chants à la gloire de Marie,

1 étoile de la mer, étaient jetés aux vents de l’Atlantique. Sous les auspices du Verbe, son fervent contemplateur prenait, au nom dè la foi, possession de l’immensité. Le Ires-Haut lui avait accorde cet honneur de pénétrer le

premier en des espaces ou 1 œil et le regard des mortels n’étaient jamais parvenus.

En abordant ces contrées de la mer ténébreuse , objet

ASPECTS NOUVEAUX DE l’OCÉAN.

de tant d’effroi, alors enveloppées du mystère qu’il devait éclaircir, Christophe Colomb , aiguillonné d’une noble curiosité , désirait , suivant son expression , « connaître les secrets de ce monde -, » son regard plongeait infatigable dans la mer transparente , inondée de cet éclat tropical qui traverse les sommités écumeuses, passe sous la base des lames et pénètre leur sein à de grandes profondeurs. Il tâchait de saisir le caractère de la végétation pélagique, des forêts sous-marines tapissant le fond des régions concaves, inaccessibles à la sonde. De quel revêtement le Créateur avait-il paré l’abîme à ces distances où la lumière du jour, trop de fois brisée par les diverses couches de l’onde, s’épuise et s’éteint dans l’épaisseur de leurs masses ? Quelle sorte d’habitants devaient peupler ces sombres profondeurs ? Quel drame se passait-il dans les basses régions atlantiques, au fond des viscères de l’Océan? et quelles terribles éventualités ne pouvait-il pas surgir de ces gouffres maintenant endormis ? question formidable devant laquelle eût pâli tout mortel !

L’histoire et la poésie ont également vanté l’intrépide sang-froid de Colomb et l’audace de sa poitrine au triple airain. On a cru à sa passion de la célébrité, à son mépris de la mort, et l’on a pensé lui faire honneur en le nommant « le héros de la gloire. )>

C’est là le comble de l’erreur biographique.

Celui qui s’avançait calme et serein au-dessus des abîmes n’eut et ne crut jamais avoir aucun mérite d’intrépidité.

En aucune circonstance , il ne lit allusion à son courage ^ il savait très -bien à qui attribuer ce qu’il révéla « de force et de magnanimité » dans la conduite de son entreprise. Aspirant avant tout à glorifier le \ erhe divin, a proclamer le nom béni du Sauveur sur les rivages qu’il découvrirait, sentant que son œuvre intéressait l’accrois-

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