COLOMB PENDANT LE VOYAGE
religieux franciscains, suivant son liabitude prise à la P.abida, il passait ses jours et ses nuits sur la dunette du château de poupe, surveillant la barre, observant la mer, l’air, les astres, montant parfois dans les lûmes afin do voir plus loin, et de mieux juger les régions que sillonnaient les navires.
Isolé par son goût, l’étiquette et le respect, il se livrait à cette contemplation passionnée des œuvres du Créateur, qui fut chez lui, dés l’adolescence, la première jouissance de 1 esprit, ainsi qu’elle devint dans sa vieillesse la plus suave consolation de son âme. M ieux que tout autre au monde il savait comprendre les indications des grands phénomènes et les muets avertissements de la nature. Il se trouvait dans cette latitude inconnue avant lui, où les influences de l’air et des eaux, complètement nouvelles, déconcertaient la théorie et les instruments de la science nauticjue. C est la partie du glohe où changent la couleur,
1 amertume, la salure, la densite de la mer ^ où la copstance de la température égale seule son aménité , et où les gracieux rafraîchissements de la brise prennent une assiduité aussi commode à la fatigue de l’homme qu’utile à sa sérénité d’esprit. Colomb remarquait « un changement extraordinaire dans le mouvement des corps célestes, dans la température de l’air et dans l’état de la mer. » Interrogeant sans cesse la face inconnue de cette nouvelle nature qu il découvrait, son génie tâchait de tirer des phénomènes extérieurs quelque révélation sur le caractère des parages qu il venait se soumettre. Ses yeux sondaient l’horizon 5 sa subtilité d odorat questionnait les moindres eflluves des senteurs salines qu’apportaient les vents. A tout instant il goûtait l’eau puisée à des hauteurs diverses, pour juger de sa température. Sa sonde jaugeait la profondeur de 1 abîme. Il expérimentait la direction et la force des cou-