COMPLOT DES MATELOTS
parages que nul n’avait vus avant eux. Devaient-ils par me aveugle soumission travailler à leur propre ruine? Puisque le commandant avec sa ténacité de fer n’avait lucun égard à leurs plaintes, que rien ne touchait son )bstination orgueilleuse, ils devaient enfin, cédant à la lécessité, pourvoir eux-mémes à leur conservation, et lui aire subir cette loi du salut commun qu’il méconnaissait }i méchamment.
Était-il juste que cent vingt hommes, la plupart Castilans et vieux chrétiens, périssent par le caprice d’un seul, 3t qui pis est, un étranger, un Génois? Il n’y avait plus à lélibérer, il fallait lui signifier de reprendre la route d’Europe, et sur son refus, le précipiter dans cette mer qu’il >e plaisait tant à mirer. C’était là le seul bon conseil et ’unique moyen d’éviter un désastre. Cette rigueur étant mposée par le salut commun ne chargerait la conscience l’aucun d’eux. Elle n’était point un crime, mais une mesure de (( prudence, » un sacrifice à la nécessité. On punirait donc le jeter a prudemment^ » à la mer. Et il serait lacile, au retour, de publier qu’il y était tombé par acciient, la nuit, pendant son observation des étoiles. Assurément personne ne songerait à s’enquérir du fait. On ne 5e souciait guère de ce Génois dans la noble Castille.
Il fut donc convenu que nuitamment on le ferait sauter par dessus le bord, à un moment qui serait ultérieurement fixé. Pour ceci il y eut secrètement accord entre les trois équipages. Nous avons la preuve que pendant cette navigation les nécessités du service mirent plusieurs fois en contact les chaloupiers des trois caravelles
^ « Potrebliono accortamente gittarlo in mare, e publicar poi, che volendo egli riguardar le stelle e i segni m\ era caduto inavvertimente. » — Fernando Colomb, Histoire de VAmiraly cbap. xix.
* Notamment le 25 et le 28 septembre.