LE PILOTE BARTHELEMY COLOM
Colomb, que trop de modestie porta toujours à diminuer le mérite des siens , tout en disant (pi’il était peu lettré, est obligé de reconnaître sa baiite raison et son art pour la composition des sphères. Un de ses contemporains, secrétaire du sénat de Cènes, Antonio (iallo, parle de son établissement à Lisbonne, et de son habileté dans la confection des cartes à Tiisage des navigateurs ' . Un autre de ses contemporains, Agostino Giustiniani, atteste cette supériorité, et va jusqu’à prétendre ([ue ce fut de lui (jue Christophe Colomb apprit à dresser des mappemondes. Munoz dit qu’il était judicieux, très-expérimenté dans la navigation, habile à fabriquer des cartes et des instruments pour l’art nauti(|ue D’autres faits que nous rapporterons en leur lieu justihent de reste cette opinion.
En attendant mieux, Barthélemy Colomb utilisait donc scn talent pour la géographie, alors assez lucratif. U.e fut avec bonheur qu’il ouvrit son logis à son frère naufragé; il éprouvait pour son aîné une tendresse mêlée de déférence. Il s’efforça de le retenir auprès de lui. Toutefois, cette hospitalité ne lui devint pas onéreuse. Christophe avait une écriture superbe; ne maniait pas moins habilement le crayon et le pinceau que la plume. 11 faisait aussi des cartes, des plans ; s’occupait à copier des manuscrits, à transcrire des livres rares, parce (pie, malgré l’invention de l’imprimerie, en Portugal la typographie était encore a 1 état d’enfance ; les ouvriers compositeurs ne se rencontraient pas aisément; les livres se maintenaient donc à un prix assez élevé. Et comme son amour de la géogra-
^ Sed Bartlîolomeas minor natu, in Lusitania, demnm Ulissiponc consislerat, ubi intentus quæstni tabulis pingendis operain dédit, (iiieis ad usum nauticum, etc. — Antonio Gallo, De Navigntione Coluinbi per inaccessum Antea Oceanum comment ar iolus .
* Munoz, Historia del Nuevo Mundo, t. ï, lib. ii, § 22.
phie, son goût de l’étude, lui avaient rendu familiers les ouvrages les mieux appréciés des lecteurs du port de Lisbonne, il les achetait pour les revendre à propos, et de la sorte faisait, dans l’occasion, un petit commerce de librairie. Par ce moyen, non-seulement il subvenait à ses propres besoins, mais avec son économie et les privations que s’imposait sa tendresse filiale, il pouvait apporter quelque adoucissement à la vieillesse peu fortunée de son père. L’historien des Indes, Gonzalo Fernandez de Oviedo, son ennemi, lui rend ce témoignage qu’à Lisbonne, et d’ailleurs, en quelque lieu qu’il fût, « il eut toujours soin de pourvoir aux besoins de son père ’ , )> malgré la difficulté de sa propre situation. Les dehors prévenants de Christophe Colomb lui avaient facilité des relations parmi les marins, et valu le meilleur accueil chez plusieurs négociants génois établis à Lisbonne. 11 n’oublia jamais l’obligeance de ses compatriotes Antoine Vazo et Louis Centurion Escoto. Il se rappelait les bons offices de Paul de Negro , ainsi que l’empressement du hls de Nicolao Espindola, de Lucoli^*, et il paya de l’immortalité leur bienveillance, en nous transmettant les noms obscurs de ces commerçants estimables.
Parmi les contemporains de Colomb , trois écrivains surtout nous ont laissé de sa personne trois descriptions, d’après lesquelles il est permis de s’en former une idée très-approximative. Ce sont : — d’abord son second fils, don Fernando Colomb, devenu son biographe^ — puis, rarchichronographe impérial Oviedo, à qui ses fonctions de page de l’Infant don Juan permirent de l’apercevoir
1 Oviedo y Yaldez, Historia natural y general de las Indias, etc., libr- II, cap. II.
2 Testamento del Aloiirante, Apuntacion à continuacion del Codkilo de niano propia del Alnvrantc. — Docum. dipL, ir’ i68.
SÉ.10I1U DE CHRISTOPHE COLOMP. ‘A LISRONNE. 89
souvent^ — et ensuite le célèbre Ilardiéleiny Las (]asas, lequel, ainsi que son père, en avait reçu tles boiilès [lersonnelles. Cliacun de ces historiens, dont aucun n’a copié les autres, fait à sa nianière le signalement [)lutdt (jue le portrait du grand homme. Toutetois, leurs détails, trop abrégés, se complètent par d'autres témoignages (pii ont aussi leur importance : tel est celui du iMilanais Lirolamo Benzoni, qui visita le Nouveau Monde pendant (pie les souvenirs de son Inventeur y vivaient (mcore , et put s’y entretenir avec nombre de gens ayant jadis servi sous ses ordres. Les historiens, en partait accord sur la physionomie de Colomb, la forme de ses traits, la couleur des yeux, le teint, la chevelure, dillèrent (juehpie peu au sujet de sa taille. Cependant des renseigneimmls précis devaient exclure le plus léger doute. (Christophe Colomb était d’une taille élevée, cela est certain. On sait d’ailleurs que l’intrépide Barthélemy Colomb, doué d’une constitution athléti(|ue, par conséquent d’une stature assez haute, était moins grand que son frère aîné. LasC>asas, ([ui les connaissait l’un et l’autre, le dit positivement h
A dater de son séjour tà Lisbonne, sauf de courtes lacunes, les principaux événements de la vie de (Christophe Colomb se déroulent dans un ordre non interrompu, et restent entièrement accessibles à l’investigation. A proprement parler, ici commence son histoire.
Le premier fait qui le concerne, depuis son abordage quasi miraculeux en Portugal, touche à ses habitudes de piété. Son assiduité édifiante aux oHices eut pour consi'î- (juence l’événement de sa vie qui lui fut la plus pro[)ice occasion de développer son génie, d’élargir ses facultc's
^ (( Era persona de muy buena disposicion : alto de cucri)u auiique no tanto coino cl Almiranle, » — Las Casas, Uialoria (jeneral de las Indiat^ lib. I, cap. CI. Ms,
comparatives, de se confirmer dans sa vocation, de communiquer avec les savants et les grands de la terre.
§ II
Christophe Colomb, achevant alors sa trente-troisième annee, avait atteint le complément de sa vigueur physique et de^ sa perfection intellectuelle. Sa taille , fièrement elancee, prenait de sa robuste complexion une mâle élégance que rehaussait sa fermeté de maintien , si naturellement assortie à son caractère. Son visage allongé offrait un pur ovale. Bien qu’il eût les pommettes largement accusées ses joues assez arrondies en adoucissaient les contours, et par une décroissance insensible, continuaient
armonieuse ligne qui formait son menton. La noble ampleur de son front révélait celle de sa pensée. Une auguste méditation semblait peser sur l’arc de ses sourcils et leur imprimer un léger froncement. Dans ses yeux, d’un bleu clair ^ rayonnait une sérénité limpide. La courbe de son nez aquilin ’ se terminait par des narines correctes, mais s’ouvrant un peu largement à leur base. Les coins assez marqués de sa bouche en rendaient la finesse particulièrement expressive. Signe de bonté, sa lèvre inférieure ebordait un peu l’autre. Il avait le menton gracieusement creusé d’une fossette. Quelques taches de rousseur parsemaient ses joues qu’animait un teint vif L Sous l’incessante élaboration d’une pensée unique, depuis trois ans,
* « Las mexillas un poco allas, sin declinar de gordo 6 macilento. . Fernando Colomb, Histoire de V Amiral ^ cbap. m.
2 « Los ojos vivos. . - Oviedo y Valdez. - « Los ojos garzos, Antonio de Herrera.
* « nariz aquilena. . — Fernando Colomb. — « n naso aquilino, » . — Girolamo Benzoni.
^ « Y la cara algo encendida y pecosa, » — Oviedo y Valdez.
sa chevelure, d’un blond tirant an châtain, coininençait à blanchir ' .
Cette diversité de tons, ces contrastes alliaient â sa verte virilité l’éclat d’une maturité précoce. Ses airs de tête en rapport naturel avec se^ attitudes, et s(‘s attitudes, allant si bien à sa stature, formaient entre son corps et son être moral une parfaite unité. Sa démarche, son port, ses gestes, trahissaient une dignité innée dont il ne se doutait pas. Malgré son incertitude du lendemain, sa condition précaire et la modestie de ses vêtements, nulle part sa présence ne pouvait passer inaperçue.
Les facultés les plus larges lui avaient été proportionnées sur ces indices extérieurs. A une rare iinesse d’ouïe, il joignait une portée de regard qui rapprochait les lointains et lui donnait l’exacte appréciation des distances. Sa délicatesse de goût lui permettait des distinctions insaisissables au vulgaire. Mais ces avantages le cédaient encore à sa subtilité d’odorat, qui discernait tout d’abord les diverses combinaisons des senteurs. L’exercice précoce de ces sens en avait développé la puissance de percejition. Son vif amour de la nature le portait incessamment à la contemplation, durant le jour, et â l’observation des astres, pendant les nuits sereines. En naviguant près des côtes, il aspirait avec délices les parfums balsamicpies emportés du rivage-, et sur les Ilots, au large, humait curieusement les brises chargées d’émanations, tantôt sipjanieuses, tantôt salines et amères. Il admirait avec tendresse les (cuvres du Créateur, recherchait avidement les Heurs, les oiseaux, les productions de la mer, et surtout, savourait les parfums de la végétation.
Forcément simple dans ses habits, Christophe Colomb
« Pero de treinta anos ya le ténia blanco. » — Fernando Colomb.
n’avait d’autre luxe que la propreté. La sienne était exquise. A la plus minutieuse netteté du corps, à Fabsence de taches, de déchirure et de négligence sur ses habits, qu’il savait faire durer longtemps, il tâchait de joindre Ir blancheur et souvent la finesse du linge, toujours vaguement imprégné du parfum des roses et des cassies ou des Heurs d’oranger qu’il laissait sécher, entremêlées à ses hardes, dans son coffre de marin. Son attrait des odeurs suaves ne s’émoussa jamais. Il aimait les fleurs odoranteéiles plantes aromatiques, les Ijois odoriférants, les gommes balsamiques, les parfums en essence et en poudre, les sachets, les eaux de senteur. Dans sa pauvre chambre,, qu ornaient uniquement quelques curiosités d’histoire naturelle, au milieu de ses cartes et de ses manuscrits s’exhalaient de doux arômes. Il se plaisait aussi à parfumer ses gants, et surtout son papier à lettre.
Cette élégance de goût lui était naturelle pomme son. talent d’écuyer, sans exercice de l’équitation. Son tact des: convenances, des à-propos, sa façon d’être et de paraître^ dénotaient tout d abord le parfait gentilliomine. Son seul visage trahissait sa noblesse d’esprit et certain air d’autorité ‘ qui frappait les yeux intelligents. Il paraissait (( homme noble et d’autorité, ce que son pourfii et contenance montrait fort hien^. »
Bien que dès l’age de quatorze ans, Christophe Colomb eût toujours été à la mer ou séjournant dans les ports avec les marins, il ne partageait point leurs défauts ordinaires. Il détestait les jurements, les chansons déshonnêtes; buvait peu de vin; ne pouvait souffrir les jeux de hasard;
^ « El rostro liiengo ij aiitorlzado. » — Antonio deH3rrera.
^ Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes, etc., liv. il, ciiap. in. Traduction de Jean Poleur, valet de clianibre de François
POUTRAÎT DE CIIUlSTOrnE COEO>m.
,out végétal. Il avait contracté dans les ports du Lovant les habitudes de l’hygiéne aral)e. Il se passait aiséuientde dandes, pour vivre surtout de ])ain, de nz, d’œids, de égumes frais, de dattes, de raisin sec, de grenades, de pastèques et d'oranges. Au vin, il préférait comme boisson le Veau édulcorée avec du sucre l)run des Canaries et parfumée de quebpies gouttes de lleui d oiangcr.
Cette frugalité s’accompagnait d’un esprit d’ordre, d’arrangement et de ponctualité (pii 1 empc^cbait cb' jamais remettre au lendemain ce qui pouvait être lait le jour même*, il connaissait le prix du temps. On ne le vit jamais agir au hasard, en dehors des conseils du devoir ou de la logique. En aucune chose il ne s’arrêtait au bien, s’il espérait parvenir au mieux. Ainsi que l’Inlant don ïienrique avait pris pour devise : « Talent de bien faire, )) Colomb mettait en œuvre son désir de faire le bien, (tétait la même noblesse d’émulation avec la devise de moins et la modestie chrétienne de plus.
Affectueux pour ses proches, affable envers son entourage, montrant à ses inférieurs la bienveillance de la supériorité, rempli d’une urbanité qui ne s’apprend pas sur le pont d’un navire, son aisance d’élocution, le tour pittoresque des images, ses expressions, souvent hardies, toujours heureuses, rendaient sa conversation attrayante. Les vibrations du timbre grave et pur de sa voix faisaient, suivant ses émotions, profondément pénétrer sa parole^ et l’on comprend fort bien l’accueil que lui firent les (pielques riches négociants génois (jui avaient un comptoir à Lisbonne.
Malgré cette douceur habituelle, Christophe Colomb
jj 1 94 MARIAGE DE CHRISTOPHE COLOMB.
I I était, par sa nature, impatient, enclin à la colère. Sa ful-
' gurante rapidité de pensée, activant l’ardeur de sa force.
■ accélérait sa circulation^ alors il devenait terrible. Mab
' ce premier mouvement, impétueux comme la violence, m
nuisait jamais qu’à lui-même. La réflexion, non moins subite que l’emportement, maîtrisait celui-ci, et réprimail fortement ses écarts. Il semblait que cet extrême irritabilité lui fut donnée comme une épreuve, une occasion de se combattre -, de vaincre sa propension naturelle ^ de sur- ^ monter cet obstacle interne avant d’emporter les obstacles
extérieurs. L’impatience la plus excessive fut infligée è celui qui devait devenir le modèle de la patience même. ^ I afin d’accomplir son œuvre éternelle.
I ji: Se souvenant de l’exemple paternel et des recomman-
/ dations de sa pieuse mère, Christophe Colomb avait con-
servé à bord les habitudes chrétiennes de son enfance. Nous savons, par son propre témoignage, combien la mer ' avait ete un aliment inépuisable pour ses élévations vers
Dieu. Dès son arrivée à Lisbonne, il allait régulièrement,, chaque matin, entendre la messe à l’église de Tous-les- }■ i Saints, attenante à un couvent de femmes. Son air de dis-
■ tinction et la piété de son recueillement furent remarqués
à travers les grilles du cloître. Une noble demoiselle quii f s’y trouvait, parmi les dames pensionnaires, se prit pour
î î lui du plus vif intérêt. Voulant absolument le connaître,
[%' sa tendre curiosité inventa un moyen de présentation,
j if On l’appelait Doùa Felippa de Perestrello.
;f Elle était fille de Barthélemy Mognis de Perestrello,
I gentilhomme italien , naturalisé en Portugal , ancien offî-
si cier de la maison du Roi, l’un des protégés de l’infant don
ij Henrique, et qui, en sa qualité de parfait marin, avait été
il adjoint aux dernières expéditions de découvertes. En
récompense de ses services de mer, le promoteur de la
MARIAGE DE CHRISTOPHE COLOMR
navigation, don lienri([ue, l’avait fait nonnner gouverneur de Porto-Santo et autoriser à (‘oloiiiser eette îl(i, où de grandes possessions lui étaient oetroyéc's à piu’pétuité. Néanmoins, eoinine il iiiaiKpiait de ea[)itaux sulïisants, son essai de colonisation fut entravé dès le début, l.es travaux de culture s’arrêtèrent devant un obstacle aussi sérieux que ridicule. Quelques lapins, apportés dans l’île, s’y étaient en peu de temps multipliés avec une telle lécondité, que la rapidité de leur propagation l’emportait sur la destruction acbarnée qu’en taisaient les colons, encore trop peu nombreux. Ces petits (piadrupèdes rongeaient tous les végétaux, détruisaient, la nuit, les plantations et décourageaient les elïorts des laboureurs.
Son gouvernement de Porto-Santo n’avait guère valu à Barthélemy Mognis de Perestrello que des soucis et des dépenses. Il était mort, ruiné par la stérile étendue de ses domaines, laissant avec sa veuve trois ülles dont les grâces et la vertu constituaient principalement la dot.
Ce manque de fortune ii’empècba point Colomb d’otïrir sa main à dona Felippa. Entre le moment de la présentation et celui du mariage, il s’écoula un intervalle assez long, probablement afin que la veuve de Perestrello pût complètement s’enquérir de son futur gendre, et prendre ses garanties contre toute mésalliance. Cette circonstance dit, une fois de plus, que malgré le métier de son père, Christophe Colomb descendait d’une souche antique. Nonseulement le mariage s’accomplit du consentement de la famille Perestrello , mais après runion des nouveaux époux, leur belle-mère les prit dans sa demeure. On ne pouvait se lier plus étroitement, et avouer plus haut cet étranger sans biens, sans condition distincte, sans ])rofession classée. Est-il croyable qu’on eût ainsi adopté le lils d’un simple cardeur, s’il n’avait fait ses preuves ?
9G CîmiSTOPÏÏE COLOMB ET LE ROI ALPHONSE V.
Christophe Colomh continua de travailler à ses cartes et a ses manuscrits pour assurer son pain de chaque jour, la dot de sa femme pouvant difficilement suffire à leur existence. Toutefois, le rang qu’avait occupé son beau-père, les relations attachées à cette honorable alliance, lui donnaient accès aux plus hauts abords. Une circonstance, jusqu’à ce jour échappée à l’attention des biographes, le témoigne incontestablement. Le roi iVlphonse V, qui, sans entreprendre de grandes expéditions maritimes, cependant par tradition et par instinct s’intéressait aux choses de la mer, admettait volontiers en sa présence ce pilote étranger, dont la conversation le captivait inévitablement. Colomb parlait avec lui de sciences naturelles, d’aventures de mer. Un jour, à la suite d’un entretien sur ses doutes cosmographiques, et peut-être pour confirmer les idées du Génois, le monarque lui fit voir des roseaux d’une dimension énorme, étrangers aux climats de l’Europe, que de fortes marées avaient poussés sur le rivage des Açores h Ce fait, en apparence insignifiant, est très-explicatif.
Ainsi, quoique l’idée de son plan ne se soit manifestée d’une manière complète que durant la quatrième année de son séjour en Portugal, nous pouvons affirmer qu’il avait déjà conçu le projet d’examiner la totalité de cet univers; car cet homme ne se démentit jamais. En pénétrant dans le secret de sa vie, on le trouve toujours le même. Ce qu’il fut dans un âge plus avancé, il l’était dans sa jeunesse. On ne connaît l’époque de sa naissance que par celle de sa mort ^ on ne connaît les mouvements de sa jeunesse que par les révélations de son âge mùr : et l’on n’a pleinement connu les idées de sa maturité, que par les pensées de ses derniers ans. Il a écrit que celui qui s’adonne à la navi-
* Herrera, Histoire générale des Indes occidentales, décade ire, Rv. î, chap. II.