PRIÈRE DE COLOMB EN DÉBARQUANT
cèrent chacun dans son canot avec un détachement parfaitement armé. En quelques coups impatients d’aviron, les trois embarcations accostèrent la grève.
Christophe Colomb, rayonnant d’enthousiasme, muet de félicité, s’élança sur le rivage avec l’élastique ardeur de la jeunesse. Le bonheur ravivait ses forces. A peine touchait-il cette terre nouvelle qu’il y planta significativement l’étendard de la Croix. Ne pouvant contenir sa reconnaissance, il se prosterna avec adoration devant l’Auteur suprême de la Découverte. Par trois fois inclinant son front, il baisa \ en l’arrosant de douces larmes, ce sol inconnu où l’avait conduit la divine bonté. Tous ceux qui l’accompagnaient, gagnés par son émotion, s’agenouillant suivirent son exemple ; ils élevèrent en l’air un crucifix Tendant en haut ses mains reconnaissantes, et remerciant du fond de son cœur le Père céleste, Colomb trouva dans l’effusion de son aimante gratitude une admirable prière dont l’histoire a recueilli les premiers accents : (c Seigneur! Dieu éternel et tout-puissant qui par ton Verbe sacré as créé le firmament et la terre et la mer ! que ton Nom soit béni et glorifié partout, qu’elle soit exaltée ta Majesté qui a daigné permettre que, par ton humble serviteur, ton Nom sacré soit connu et prêché dans cette autre partie du monde ^ ! . . . , ^
Sa reconnaissance, sa piété se soulagèrent en expressions sublimes. Puis, se redressant avec majesté et dé-
1 « Inginocchiati baciorono la terra tre volte piangendo di allegrezza. » — Ramusio, Delle navigationi e viaggi raccolte,\o\, III, fol. 1.
2 Robertson, Histoire de V Amérique, t. I, liv. ii, p. 120.
3 P. Claudio Clemente , Tablas chronologicas de los descubrimien-^ tos. Decad. prim. — Cette prière de Colomb fut répétée ensuite par ordre des souverains de Castille dans les découvertes postérieures. Fernand Cortez, NuRez de Balboa, Pizarre, etc., durent l’employer officiellement.
l’ile de san-salvador.
ployant dans toute sa largeur l’étendard de la Croix, il offrit à Jésus-Christ les prémices de sa découverte. Afin de rendre gloire à Dieu qui la lui avait montrée, après l’avoir sauvé de tant de périls, il imposa à cette île le nom de Saint-Sauveur K
Après quoi, il tira son épée *, soudain tous les officiers firent ainsi à son exemple^ alors il déclara prendre possession de cette terre, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour la couronne de Castille. Puis il requit le notaire royal, en présence du commissaire de la marine et des capitaines, d’en dresser acte dans la forme prescrite.
La Découverte étant accomplie, les conditions du traite avec les rois signé dans la plaine de Grenade se trouvaient validées par l’événement. En conséquence, les titres de \ice-Roi, de Grand-Amiral, de Gouverneur-Général des Iles et Terre-ferme qu’il découvrirait dans les Indes étaient définitivement acquis à Colomb. Immédiatement tous les assistants, pleins d’admiration et d’enthousiasme, le reconnurent pour Amiral de l’Océan et Yice-Roi des Indes. En cette qualité ils lui prêtèrent serment d’obéissance. Plusieurs d’entre eux lui exprimèrent leur regret de leur conduite*, le prièrent d’oublier des menaces inspirées par la peur et promirent un dévouement égal a leur soumission.
L’Amiral ayant déclaré sa prise de possession, commanda aux charpentiers, munis de leur hache, de couper deux tiges d’arbres et d’en former une grande Croix. L île inconnue qui venait d’être ofierte au Sauveur et nommee de son nom San-Salvador s’appelait « Guanahani )> dans
1 « La llamo â gloria de Dios que se le havia mostrado, librando lo de muchos peligros, San-Salvador. » — Fernando Colon, \ ida del Al mirante^ cap. xxv.
* Les protestants anglais ne trouvant pas assez beau pour figurer sur