HABITANTS DE SAN-SALVADOR
la langue des indigènes. Elle est au centre de la première ligne des îles Lucayes et occupe le milieu dans ce groupe allongé qui forme l’archipel de Bahama. Bien qu’on n’y aperçût aucune habitation, elle était assez peuplée 5 mais les naturels épouvantés à l’apparition des caravelles, qu’ils prenaient, les uns, pour des monstres sortis delà mer, les autres pour des êtres venus du ciel, s’étaient blottis tout tremblants aux plus épais fourrés des bois.
Pendant que le notaire royal, Bodrigo d’Escovedo, entouré des ofliciers de la couronne, du commissaire de la flotte, du Veedor ou controleur de l’armement et des deux capitaines, rédigeait sur son genou le procès-verbal de la prise de possession, les habitants de File qui jusque-là s’étaient tenus cachés derrière le feuillage, peu à peu se risquèrent hors de leur retraite. Rassurés par l’expression de sérénité, de grandeur et de bienveillance répandue sur les traits de Colomb, que sa haute stature, son riche costume, l’éclat de ses armes et la déférence de son entourage leur désignait comme le chef de ces êtres mystérieux, ils s’avancèrent à petits pas, les uns après les autres ; puis osèrent s’approcher avec tremblement et se prosterner devant ces visiteurs étranges. Bs s’enhardirent successivement jusqu’à les toucher, pour s’assurer qu’ils ne faisaient pas un rêve- palpant leurs vêtements, leurs jambes; s’étonnant surtout de leur barbe. A l’exemple de l’Amiral les Espagnols accueillirent par une bonté souriante ces naïfs enfants des îles, et se prêtèrent complaisamment à leur examen.
Colomb remarqua du premier coup d’œil, qu’ils étaient tous jeunes et différaient des habitants de la côte d’Afrique
leurs cartes marines le nom de Saint-Sauveur, lui ont substitué celui de chat; et dans leur atlas hydrographique l’ile de Saint-Sauveur s'appelle noblement « l’ile du Chat » Cat-island!
LKURS RELATIONS AVEC
LES EllROREENS.
parla couleur de la peau, la forme de la tète, celle des jambes. Leur taille était assez élevée^ leur couleur rappelait les indigènes des Canaries. Ils avaient le front et le crâne trèslarges, les yeux bien fendus, les cheveux épais, coupés au-dessous des tempes et longs par derrière ; le menton dépourvu de barbe, les jambes droites-, le torse bien proportionné. Ils marebaient dans une nudité complète-, mais se peignaient les membres de diverses couleurs : ceux-ci en rouge, ceux-là en blanc-, d’autres se barbouillaient tout le corps-, quelques-uns seulement la figure. Certains même, sans doute les élégants et les raflinés du pays, se contentaient “de se peindre le nez. Leurs armes consistaient en des bâtons durcis au feu et armés au bout d’une dent de requin ou d’un caillou aigu.
Dès son arrivée dans le Nouveau Monde, comme s’ils eussent deviné son goût des parfums C les indigènes offrirent en hommage à Colomb un faisceau d’herbes sèches, odoriférantes.
L’Amiral reconnut â leur subite sympathie qu’on les rendrait aisément chrétiens, en usant de douceur plutôt que d’intimidation. Pour les bien disposer, il leur distribua quelques bonnets coloriés, des verroteries de Venise, des grelots et d’autres bagatelles qui semblaient à ces habitants des bois d’une valeur inestimable. Ils offraient respectueusement tout ce qu’ils possédaient aux Espagnols. Ceux-ci passèrent le reste de la journée à se délasser et se récréer sous ces frais bocages.
Aussitôt que les charpentiers eurent terminé leur travail , Colomb, encore tout ému de reconnaissance, le cœur embrasé d’amour évangélique, fit agrandir le trou qii avait
^ Journal de Colomb, lundi 15 octobre. — « Unas liojas secas que dcLe ser cosa miiy apreciada entre ellos, porque ya me trujeron en San Salvador délias en présente. »