COMMERCE DES NATURELS AVEC LES ESPAGNOLS
creusé la hampe de l’étendard * planté sur cette plage conquise à Jésus-Christ. On y dressa la Croix qu’il soutint de ses propres mains, en chantant Thymne Vexilla regis prodeuni. Puis quand le signe sacré fut solidement fixé dans
le sol, il entonna le chant de la victoire, le vaillant « Te Deiim laudamus. »
Colomb ne fit point dresser cette Croix, en ce lieu, simplement pour y laisser sa marque de premier occupant’; mais afin de consacrer par ce signe, le but de sa découverte, et d’indiquer déjà, sur cette frontière avancée du Nouveau Monde, qu’il en prenait possession au nom du Rédempteur des hommes, Notre-Seigneur Jésus- Cbrist ^ Comme le jour touchait à son déclin, il dit la prière du soir devant l’image de la Croix ; ensuite reprenant l’étendard de l’expédition, ceLabàrum par lequel il avait vaincu l’horreur de la Mer ténébreuse, l’effroi de l’immensité, les caprices des flots et les mutineries des hommes, il retourna sur sa caravelle.
Le lendemain, au point du jour, les naturels entouraient les trois navires, dans des pirogues faites d’une seule pièce creusées en un tronc d’arbre, et d’un travail admirable si l’on songe à leur ignorance du fer. Ils ramaient avec une sorte de pelle à four courte et large nommée pagaie. Ils apportaient des pelotes de coton filé, des javelots, des perroquets apprivoises, pour faire un commerce d’échange. Tout ce qui venait de ces merveilleux étran-
• « Collocata in luogo délia bandiera. » — Ramusio, Belle navlgationi e viaggi raccolte, vol. III, fol. 2.
® A l exemple de Washington Irving, l’école protestante s’est bien gardée de dire un mot de cette érection de Croix.
® « Ma per lasciare un segno d’haver preso la possessione in nome di Nostro-Signore Jesu-Christo. — Ramusio, Belle navigaiioni e viaggi raccolte, vol. III, fol. 2.