COLOMB QUITTE SAN-SALVADOR
ers leur semblait précieux^ môme des morceaux d’éuelles et de verre cassé. Ils donnaient jusqu’à trente vres de coton filé, pour une blanche de Castille (environ eux liards). Mais l’Amiral ne voulant pas qu’on abusât e leur naïveté commerciale, défendit ces échanges disroportionnés.
Le 14 octobre, au point du jour, l’Amiral fit armer la [laloupe de la Santa-Maria et les canots des caravelles our aller reconnaître l’autre côté de l’île. Des peuplades, éjà informées de leur arrivée, accouraient vers eux les ppelant, leur apportant de l’eau fraîche, des aliments et 3ndant grâce à Dieu de cette étonnante visite. Les insulires s'interpellaient l’un l’autre et stimulaient à grands ris leurs parents qui étaient encore dans les cases. Ils îur disaient : « Venez voir les hommes descendus du ciel, ipportez-leur à boire et à manger, et aussitôt hommes t femmes accouraient, apportant tous quelque chose. Ils énissaient Dieu à leur manière, se jetant à terre et levant 3S mains au ciel. L’Amiral remarqua au milieu de hautes ataies, des jardins potagers facilement arrosés, des verers délicieux et « des pierres propres à la construction es églises ^ . »
L’Amiral retint à bord sept indigènes qu’il voulait emaener en Castille pour les présenter aux rcis, leur apirendre la langue espagnole, les faire chrétiens et les endre ensuite à leur patrie. Puis il ouvrit ses voiles.
A peine éloigné des bocages de San-Salvador, Colomb e trouva dans le plus heureux embarras. A mesure qu’il Lvançait, surgissait des flots la riche verdure d’îles nom- )reuses, qu’on voyait poindre à toutes les lignes de cet lorizon. L’œil ne pouvait les compter. Les naturels qu’on
^ Journal de Colomb. — Cette remarque faite le 14 octobre 1492, le fut mentionnée que par occasion le 5 janvier 1493.
l’archipel des lucayes.
gardait à bord en nommèrent plus de cent; et il y en aval encore beaucoup d’autres. Leur apparence invitait égale ment la curiosité.
Ne sachant par où commencer son exploration de ce Archipel, le contemplateur de la Nature se dirigea ver nie qui lui parut la plus grande, à une distance d’enviroi sept lieues. L’Amiral la nomma Sainte-Marie de la Con ception. En débarquant il en prit possession dans laform< solennelle, c’est-à-dire en y faisant élever une Croix. Cett< île à surface plane paraissait très-fertile ; par la physionomie, la nudité, la confiance, la douceur, les naturels rappelaient ceux de San-Salvador. Admirant aussi ces mi raculeux étrangers, ils les laissaient librement parcourii leur terre, et leur donnaient avec respect tout ce qu’ili demandaient.
L’Amiral se dirigea ensuite sur une autre île, que, pai ménagement pour les susceptibilités du Roi, il nommais Fernandine, même avant d’y atterrir. Ses habitants, sem blables à ceux des îles déjà visitées, paraissaient cependant, dit Colomb, (( mieux apprivoisés, plus civilisés, même plus rusés )> ils marchandaient au lieu de prendre tout uniment ce qu’on leur offrait en échange. Ils travaillaient le coton, fabriquaient des hamacs, des mantilles et des caleçons pour les femmes mariées. Leurs cases, construites en forme de tente, témoignaient d’une propreté minutieuse.
Pendant que, sous la protection d’un piquet armé, les hommes de corvée faisaient aiguade , Colomb promenait son ravissement au milieu des bois, et admirait avec gratitude cette magnificence. Il cherchait à reconnaître les espèces des plantes qui l’entouraient. Son admiration ne
* Journal de Colomb, — Mardi, IG ocloGre 1492.