LA MER DE NOTRE-DAME
tout à fait nouveau. L’œil ne pouvait compter ses nombreuses îles. Elles étaient grandes, montueuses, ombragées d’arbres magnifiques. La pureté de l’atmosplière , l’éclat de la mer entrecoupée de ces masses de verdure qui semblaient sortir des flots, ravissaient les regards de Colomb. 11 appela cette mer si richement jonchée d’îles, (( la mer de Notre-Dame. » La beauté de ces parages le retenait 5 il voulait, malgré son urgente soif d’or, parcourir toutes ces îles avec les chaloupes des caravelles, qu’il avait ancrées sur un fond de sahle excellent, et fouiller ce groupe dont l’apparence semblait promettre au moins des épiceries et des pierres précieuses.
Le Vendredi 16 novembre, au moment où Colomb sortait de son canot pour prendre possession de la première de ces îles, dans la forme consacrée par sa pieuse habitude, on aperçut , couchés sur une élévation du terrain , deux très-grands madriers, l’un plus long que l’autre, et le plus petit posé sur le plus grand, en forme de Croix, si bien [ju’un charpentier n’aurait pu trouver une proportion plus exacte. Tombant aussitôt à genoux, le messager de l’Apostolat remercia son Maître de cette nouvelle bonté. Il référa cette Croix qui lui avait été providentiellement préparée dans cette île inconnue. Il lui semblait ainsi que Dieu ne l’abandonnait pas ^ il était consolé au fond de son cœur en voyant ses désirs prévenus dans ces lieux déserts et sans nom. Après avoir a adoré cette Croix, » figurée par un mystérieux hasard, il donna ses ordres pour qu’on terminât, en le fortifiant, l’assemblage des pièces, et que l’érection du signe sacré eût lieu le surlendemain, dimanche, dans un site des plus apparents et dégarni d’arbres.
En attendant, il examinait les productions de la terre. II fit chercher, par les gens de l’équipage, des avicules