LA MER DE NOTRE-DAME
perlières. On trouva, en effet, nombre de coquilles de nacres , mais dépourvues de perles. On prit plusieurs poissons étranges , entre autres un poisson dur, à groin de cochon, tout écaillé, n’ayant de mou que les yeux et la queue. L’Amiral le fit saler pour l’emporter et le montrer à la Reine , curieuse d’histoire naturelle. Le lendemain, il vit dans une autre île des coris ou cochons d’Inde, des langoustes monstrueuses, quantité d’oiseaux. La forte odeur de musc répandue en certains coins lui fit croire qu’il y avait là des animaux qui le produisent.
Le dimanche i 8 novembre , l’Amiral , avec son étatmajor et la plus grande partie des équipages , partit en grande cérémonie sur les embarcations, pour aller arborer le signe de la Rédemption. Cette Croix, très-haute et trèsbelle, fut élevée sur un point culminant, et dont les arbres ne dérobaient pas la vue. Les prières d’usage accompagnèrent l’exaltation de la Croix, et la journée entière du dimanche fut consacrée à l’honorer par le repos et la prière.
Le lundi, avant le lever du soleil, les trois navires étaient au large. Mais, contrariés par la houle et les vents, ils firent faible route. L’Amiral se détourna de risabelle, dont il n’était plus qu’à la distance de douze lieues, craignant qu’à sa vue les Indiens de San-Salvador ne cherchassent à s’échapper 5 car leur île natale n’était pas éloignée de celleci de plus de huit lieues. Ils paraissaient d’ailleurs fort satisfaits de leur nouveau genre de vie, commençaient à entendre quelque peu l’espagnol, faisaient le signe de la Croix, s’agenouillaient devant le crucifix C récitaient leurs prières en levant les bras au ciel, disaient le Salve et VAve Maria avec une sorte de recueillement, bien persuadés
* Y muy presse â cualquiera oracion que nos les digamos que digan y iiacen el segnal de la Cruz. » — Lunes, de noviembre.