‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 135 sur 316 · COLOMB TOUJOURS A LA RECHERCHE DE L’OR · texte numérisé non relu

COLOMB TOUJOURS A LA RECHERCHE DE L’OR

Le 23 novembre et le jour suivant, l’Amiral, continuant (le naviguer, se rapprocha, par a la mer de Notre-Dame, )) (les côtes de Cuba. Il reconnut plusieurs caps , découvrit des ports précieux pour la sécurité ^ et, dans une de ses excursions sur les rivages, trouva des pierres contenant des pcarcelles d’or -, il les prit pour les montrer à la Reine. Il trouva aussi des sapins prodigieusement hauts et droits, propres à la construction navale. Là furent choisis un mât et une antenne pour la Nina.

Le 25, il découvrit un port tel qu’il n’en avait pas encore rencontré. Cent vaisseaux y auraient tenu sans ancres ni amarres. Des montagnes chargées d’arbres à fruits et d’arbres propres à la marine le protégeaient contre tous les vents. Colomb déclarait avec l’effusion de la gratitude que jusqu’à ce jour a il avait plu à Notre-Seigneur de lui montrer toujours une chose meilleure que la précédente, et qu’il était allé de bien en mieux dans toutes ses découvertes L ))

Le 26, l’Amiral découvrit de nouveaux paysages et de nouveaux ports, dont s’émerveillaient ses officiers.

Le 27 , malgré la parfaite sérénité du ciel et la proximité de cinq ou six ports admirables, il eut le courage de ne pas toucher terre , pour ne pas retarder l’accomplissement de son but principal. Car il avouait, dit Las Casas, qu’il (( s’arrêtait toujours plus qu’il ne le voulait, entraîné par le désir de contempler et la jouissance d’admirer la beauté et la fraîcheur de ces pays, de quelque côlé qu’il y pénétrât. )> Pour se mettre en garde contre lui-même, il resta à louvoyer toute la nuit.

Le lendemain, en longeant la côte au sud-est, les navires entrèrent dans une baie entourée de terres parfai-

* Las Casas, Journal de Colomb, 26 novembre. ^

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ement labourées, formant une vaste plaine, entrecoupée le mamelons verdoyants, et invisiblement parsemée de lameaux que des colonnes de fumée décelaient au milieu les bouquets d’arbres. Des collines et de hautes montagnes en bornaient le fond. L’Amiral avec son canot sonda 0 port où se déchargeait, par le coté sud, un fleuve proond, assez large pour le passage d’un grand navire. Cette mbouchure , cachée par les mouvements du terrain, foraait une surprise 5 on ne l’apercevait qu’en y touchant.

§ IV

Dans cette partie de Cuba si rapprochée des montagnes, t sous la pleine influence du midi, la Création semble voir réuni ses derniers prodiges. Là se découvrent des ffets d’ensemble et des perfections de détail que la parole le rend pas. Chaque pli du terrain varie les décors d’une lature fastueuse, jusqu’à effrayer l’imagination. On dirait [u’une force souterraine fait éjaculer à la surface l’étonlante fécondité dont le Créateur doua les germes confiés , l’humus. L’abondance de la sève circule sous toutes les ormes, s’étale en masses de verdure au-dessus du sol u’elle envahit et dérobe aux regards. L’œil ne peut plus istinguer la terre, tant les produits végétaux la tapissent, ornent et l’encombrent. Çà et là des arbres géants, lerçant d’épaisses profondeurs de verdure, se dressent, éritables obélisques, du milieu d’impénétrables halliers, t dominent superbement de leur front ces foules végéales fourmillant sous leur ombre , toujours vertes et irospères.

Des arbres moins hardis se disputent plus obstinément 'espace, se pressent, se combattent et se suffoquent par mr multitude. Des faisceaux assujettis par des lianes, des

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bouquets d’arbres contrastants, des arbrisseaux pittoresques s’isolent ou s’agroupent sous l’influence de certaines luttes. Des stipes, ornes au sommet de magnifiques panaches ou de frais éventails, penchent languissamment leurs têtes l’un vers l’autre, forment de gracieuses arcades, et simulent des caresses au milieu d’harmonieuses confidences. A leurs pieds des plantes parasites, des lianes sinueuses multiplient leurs enlacements, rampent au loin, cachent le sol sous leur trame fleurie , et descendent les pentes en avalanche de verdure. Des lianes sarmenteuses, qui se plaisent au bord des torrents, s’accrochent par leurs vrilles aux redans des rochers, puis se jettent avec leurs parfums et leurs beautés au fond des précipices. La grâce s’allie au terrible ; l’abîme est caché sous les fleurs. Sans doute Colomb vit en ce lieu s’ajouter aux plantes avec lesquelles il était familiarisé des espèces encore inconnues, car sa contemplation atteignit soudainement l’apogée de l’admiration humaine.

Là sous les larges rubans du palmier vinifère, croît l’oranger sauvage à pommes d’or. Le quiébra, qui résiste au fer, le bananier déroulant ses pans d’épaisse étoffe, la bellonie aux rameaux cylindriques , le sébestier chargé de fleurs, l’érithal aux baies purpurines transpirant l’odeur du jasmin, le juguey aux racines élastiques, l’euphorbe .à bractées écarlates, le chinchona, le copal précieux en médecine, la conyse odorante, poussent à l’aventure parmi les caïmitiers aux pommes violettes. Le palmiste, le myrte aromatique simulant par ses feuilles le citronnier, le poivrier à bouclier, la prêle arborescente répandant son parfum de vanille, vivent fortuitement associés à des arbres sans nom, que domine absolu le gigantesque ceïba, véritable monarque de ces solitudes. Là une foule de végétaux secondaires ont aussi leurs agréments et leur utilité.

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L travers les inextricables rubans de lianes qui passent ’un arbre à l’autre, et vont des troncs gisant sous l’herbe scalader les cimes les plus hardies, l’anguine voyageuse, i paulinie ailée, charment les yeux, tandis que l’humble copaire abrite dans ses touffes les amours des colombes, t que la modeste ansérine ambroisiale recèle des parfums u’elle exhale en mourant sous le pied qui l’écrase sans avoir remarquée.

Pour toute âme intelligente, cette fortunée région, à heure même où nous traçons ces lignes, possède encore 'irrésistibles attraits. Dans ses fleuves diaphanes. Fonde roduit des reflets merveilleux , et la mer qui l’entoure a es séductions sans pareilles. La sérénité des deux, l’éclat e l’azur, la vivacité du jour, les tons chauds du paysage, 3S doux arômes de l’air, font passer dans les sens une ague excitation que suit une mollesse pleine d’enchantelents. Tel est l’effet de l’influence matérielle. Mais si la ensée ose relever dans cet ensemble les traces de la cience divine, distinguer les harmonies et les étonnantes ombinaisons de cette prodigalité, qui, sans la beauté des 'eurs , les chants et les parures des oiseaux , les senteurs alsamiques, serait profuse à épouvanter l’imagination, mt les forces de la nature s’y déploient d’une façon olossale et cyclopéenne , aussitôt la grandeur des émoions correspond à la magnificence des aspects.

Aujourd’hui, familiarisés par trois cents ans d’expéience avec ces productions alors inconnues, nous ne comirenons plus la vivacité d’impressions que devaient exciter ant de types, de variétés et d’essences diverses présentés oudainement à la réflexion. Le poétique et le mystérieux le l’inconnu s’ajoutaient alors au charme de la forme réélée, au piquant et au coloris des choses découvertes. Christophe Colomb considérait dans un saint respect, mêlé

de reconnaissance, cette manifestation toute nouvelle pour 1 humanité. Sa contemplation des œuvres du Créateur égalait les chastes ravissements du premier amour; et dans les émotions de cette virginale tendresse, il résumait les impressions de la postérité, par lui déjà saisie de cet opulent héritage, dont le monde ignorait encore l’ouverture. Aucun homme n’éprouva jamais cesjouissancespures del'esprit, ces électricités intellectuelles qui firent tressaillir le premier contemplateur de l’œuvre de Dieu dévoilée. La sublimité de ces aspects agrandissait la coopération dont 1 avait honoré la Providence, rehaussait le caractère de sa mission et l’élevait au-dessus de lui-même.

A 1 heure de midi, Christophe Colomb parcourant en canot les bords de ce mouillage, découvrit ce fleuve ravissant d’harmonies, caché comme un secret de beauté, au côté sud du port. Stupéfait de cette inénarrable splendeur, presque épouvanté d’une telle magnificence, haletant d admiration, il se désolait de n’en pouvoir exprimer la millième partie. Il écrivail; aux rois qu’un instant il crut n’avoir jamais la force de s’arracher d’un lieu si enchanteur; et ajoutait, comme pour se justifier :

« L’aménité de ce fleuve, la limpidité de l’eau qui découvre jusqu’au sable du fond, la multitude des palmiers de diverses formes, les plus élevés et les plus gracieux que j aie jamais aperçus, et une infinité d’autres arbres hauts et verdoyants, le chant des oiseaux, la fraîcheur des campagnes donnent a cette contrée. Princes Sérénissimes, une magnificence si merveilleuse, qu’elle surpasse en charme et en beaute toutes les autres, autant que le jour l’emporte sur la nuit ; ce qui me fait dire souvent à mon entourage que quels que soient mes efforts pour adresser un rapport complet à Vos Altesses, ni ma langue ne pourra dire toute la vérité, ni ma plume l’écrire. Il est certain que je de-

sure confondu à l’aspect d’une beauté tellement supéîure que je ne sais comment l’exprimer. Car je vous ai rit relativement aux autres régions, au sujet de leurs bres, de leurs fruits, de leurs herbes, de leurs ports et toutes leurs qualités, autant que je le pouvais et non e je le devais. Mais quant à cette terre, dous aflirment ’il est impossible qu’il y ait au monde une autre région as belle. Maintenant je me tais, désirant que d’autres la ient qui aimeront à la décrire. D’ailleurs je sens com- 3n peu le mérite d’une telle contrée pourrait être exposé r moi, et combien elle obtiendrait un meilleur sort sous ; lèvres ou le style d’un autre C )>

Au premier rang des faveurs que Dieu lui avait faites, ilomb mettait le bonheur d’avoir contemplé tant de oses toujours plus admirables l’une que l’autre. Il re- 3rciait aussi Celui qui l’avait choisi pour cette opération, lui avoir conservé la santé; «car, disait-il, grâces à )tre-Seigneur, pas un seul des gens de mon équipage X éprouvé jusqu’à ce jour le moindre mal de tête; pas L seul n’a gardé la chambre pour cause de malaise, si ce 3St un vieux matelot qui avait souffert toute sa vie de la avelle et qui s’est trouvé guéri ^ après le second jour de dre arrivée dans ce pays. Ce que je dis de l’état sanitaire mprend Téquipage des trois navires ^ )>

' « ... Pero de esta todos afirman ser imposible que haïa oira re^ n mas bella. Aora callo deseando que la vean otros que quieran rivir de ella; pues conosco quan poco puede ser considerado por el merito del lugar^ y puede ser afortunado en la lengua 6 pluma otro, » — Fernando Colomb, Vida del Amirante, cap. xxix.

* L’homme guéri de la gravelle nous rappelle qu’un certain commaniT de Poincy, guéri de la goutte par son séjour à la Martinique, avait piré à Scarron le désir d’essayer des climats coloniaux. — Le duc de ailles, Histoire de madame de Maintenon, t. I, ch. v, p. 1G2.

^ « Porque loado Nuestro Sehor, hasta hoy de toda mi génie no ha

Avant de pouvoir connaître chacune des productior spéciales, propres à ce sol merveilleux, il conçoit Fimpoi tance de sa possession et l’exprime en ces courtes parc les : (( Quels seront les bénéfices qu’on pourra retirer d cette contrée, c’est ce que je n’écris pas. Il est certair Seigneurs Princes, que là où sont de pareilles terres, doit y avoir une foule de choses profitables et c’e*

plus tard qu’on saura les avantages qu’elles peuvent prc curer »

Ayant intuitivement une claire notion des ressource infinies de cette contrée, de sa prééminence sur toute les autres, quand il a contemplé ses harmonies, admir sa splendeur, vanté autant en poète qu’en naturaliste, e non moins en naturaliste qu’en marin la richesse de s végétation, la beauté de ses eaux, de ses ports , Colom affirme que par tout ce qu’il a découvert, il vient d’ouvri de nouvelles voies aux relations humaines ; que la Chré tienté ^ surtout aura de grands rapports à étaWir avec ce lointaines régions. Alors s’abandonnant à l’épanchementdi son intuition, illuminée d’en Haut, il ose donner un con seil et une sorte de précepte aux souverains ses maîtres Avec une liberté toute chrétienne, il leur déclare qu’il; ne doivent permettre l’accès d’un séjour si fortuné i aucun étranger, à moins que sa pureté de foi ne soit hori de doute ^ parce que cette Découverte ayant été faite ai Nom de Jésus-Christ, pour la gloire du Rédempteur et li dilatation de l’Église, il n’est pas juste que l’hérésie et Fin

habido persona que le baya mal la cabeza ni estado en la cama por do-

lencia, salvo un viejo de dolor de piedra Este que digo es en todoi

très navios... » — Martes, 27 de noviembre.

^ Journal de Colomb, — Mardi, 27 novembre 1492.

* « Digo que ternà la cristiandad negociacion en ellas, cuanto mas le Espana a quien debe estar sujeto todo. » — Ibidem.

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rédulité jouissent de cette conquête de la foi catholique, kesumant sa pensee, il adresse aux Rois ces paroles : « Et ^ dis que Vos Altesses ne doivent permettre à aucun [ranger de mettre le pied dans ce pays et d’y commercer, il n est chrétien catholique; a aucun Espagnol d’y aborer, s il n est pas véritablement chrétien ; puisque le projet 1 1 execution de cette entreprise n’ont eu d’autre but que accroissement et la gloire de la religion chrétienne ‘ . )> Malgré le laisser aller de la spontanéité, ces paroles ispirees à la vue des magnificences nouvelles, et écrites uarante-six jours après le premier débarquement à l’île e San-Salvador, pendant et même avant l’entier accomlissement de la Découverte, méritent d’être remarquées, es paroles comme leur date ont une importance décisive our bien fixer le caractère réel de l’entreprise de Co- )mb. Il n’est plus permis de mettre en doute les véritales motifs qui guidaient le messager de la Croix.^ et de se iéprendre sur le but qu’il se proposait. La gloire de Jésushrist, l’accroissement de son Église , conséquemment le dut des âmes et la civilisation des peuples, tel était le remier objet des efforts de Christophe Colomb. Nonobstant la hâte de l’Amiral, les merveilles de cette ature le captivaient sous leur enchantement, (c II lui îmblait qu’il se «trouvait au milieu d’illusions et de restiges. » Ce lieu dont la magnificence étonnant l’esprit, nposait le respect et inspirait de saintes pensées, reçut à luse de cela le nom de Port-Saint <( Puerto-Santo. » rois jours durant, il demeura cloué d’admiration au ort-Saint, s’extasiant, sans pouvoir rassasier ses yeux.

^ « Y digo que Vuestras Altezas no deben consentir que aqui trate ni ga pie ninguno extrangero, salvo catôlicos crislianos, pues esto fué el 1 y el comienzo del proposito que fuese por acrecentamiento y gloria î la religion ciistiana, etc... » — Martes, 21 de novic'iubre.

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