LE PORT-SAINT
Ici son impatiente soif d’or sembla s’étancher dans la sereine suavité de l’atmosphère et les fraîches décorationi des forêts dont les parfums délectaient l’odorat. Le con templateur de la Création parut dominer un instant Tapô tre de la Croix, cet incomparable chercheur d’or, pressi d’ouvrir les placers des terres inconnues, afin d’en extraire le prix d’un rachat ineffable. Il s’oublie dans l’admiratior des œuvres du Verbe et ne peut s’arracher aux séductions de tous ces aspects. Bien qu’en indiquant succinctemeni dans son journal les beautés de cette nature, il taise avec modestie son attendrissement religieux, on devine aisément quelles émotions extatiques enlevaient son cœur. Avec quel bonheur le fils adoptif de la Famille Franciscaine ne disait-il pas son office suivant la règle de l’Ordre Séraphique sous les voûtes de ces forêts éternelles, temple primitif de la nature, entouré des prodiges du Créateur, mêlant sa voix aux graves psalmodies des vents c[ui parcourent ces solitudes ?
Toutefois un esprit aussi pratique et positif que celui de Colomb ne pouvait consumer, sans immédiate utilité pour son entreprise, le temps accordé à la satisfaction de son âme. Profitant de ce séjour que paraissaient justifier quel- ' ques contrariétés atmosphériques, il donnait des soins hygiéniques aux écpiipages, et envoyait de différents côtés, sous le commandement d’un officier accompagné d’interprètes indiens, des picjuets armés reconnaître le pays, se mettre en rapport avec les habitants. Mais ceux-ci prenaient obstinément la fuite. Toutes les battues furent vaines. Seulement les Espagnols réussirent dans un village à s’emparer de quelques femmes avec trois enfants, et à surprendre une embarcation d’indigènes dont ils emmenèrent les rameurs.
Le Vendredi, 30 novembre, Christophe Colomb voulut
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avant de quitter le Port-Saint * consacrer par le signe de la Rédemption, ce lieu ou resplendissait si particulièrement la magnificence du Verbe. Il commanda aux charpentiers des navires de préparer une très-grande Croix. Le 1®^ décembre cette grande Croix fut portée en grand appareil par les hommes des deux équipages sur la principale hau leur qui dominait l’entrée du port. Elle y fut érigée avec :oute la solennité possible et solidement a fixée dans la "oche vive. »
Le lendemain le vent étant contraire, Colomb put janctifier le dimanche près du signe sacré, et prolonger incore pendant tout un jour les chastes voluptés de sa contemplation.
1 Le lundi 1 Amiral fit en chaloupe une reconnaissance le la côte au sud-est, et découvrit un chantier de construction navale indigène en tout point très-bien ordonné, il s’y trouvait des canots, chacun d’une seule pièce, pouvant contenir plus de cent personnes. Le lendemain,
i? décembre, on leva 1 ancre et 1 on continua de porter ers l’ouest.
En s’éloignant de Cuba l’Amiral, pour laisser à cette
î ^ Le Port‘Saint, depuis lors dévasté par le fer et la flamme, s'appelle ujoiird’hui Baracoa, Son site, toujours admirable, a été roccasion 'une ville qui porte son nom, mais dont la destination n'est pas moins langée que la perspective. Ce chef-lieu de district sert aujourd’hui de •yer occulte aux traîtres, aux conspirateurs, aux négriers, aux aveniriers de tout acabit à la solde des libérâtres de TUnion. C’est dans ce irt, jadis sanctifié , que s’abattent les plus hardis vautours amériûns, matérialistes au grossier niveau, brutaux despotes, à leur tour sclaves de la multitude. C’est de là qu’ils répandent avec les dollars . la calomnie contre la couronne d’Espagne, les revolvers par lesquels 3 espèrent surprendre à l’improviste Cuba, la reine des Antilles. Les ires des hommes convoitent la plus magnifique possession des mers. Que i France y veille