‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 138 sur 316 · SENTIMENTS DE COLOMB ENVERS EUX · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DE COLOMB ENVERS EUX

issurément les Indiens n’auraient éprouvé que gratitude ;t respect pour <c les hommes célestes, » ainsi qu’ils les lommaient.

Jamais Colomb ne négligeait aucune circonstance, aucun létail et aucun homme, si petit qu'il pût sembler. Entre ’île de la Conception et l’île Fernandine, rencontrant un ndigène, seul sur un canot, il le fit amener à son bord )Our le bien traiter^ il se trouva précisément que c’était in courrier expédié dans une partie des Lucayes pour y 3ublier l’arrivée des (c hommes divins. Afin de donner 'réance à cette nouvelle étonnante, il portait avec lui deux nièces de monnaie et des perles de verre. Colomb, de ce ait, conclut que sous peu sa présence serait connue au oin-, il importait, avec cette nouvelle, de répandre la Donne renommée des hommes venus du ciel. La prulence, la politique, si bien d’accord avec son inclination naturelle, lui conseillaient la munificence et la douceu'^ envers ces peuples enfants. D’avance Colomb les aimait réellement, en Jésus-Christ*, il les aimait le premier, comme le père aime l’enfant qui ne le connaît pas encore^ et eux, avec leur simple instinct, lui rendaient confusément quelque 'chose de son affection. Ils épuisèrent en sa faveur le peu de constance que possédait leur mobilité de caractère. En aucun temps et en aucun lieu les Indiens ne témoignèrent à un Européen la confiance et l attachement dont ils firent preuve envers lui. Christophe Colomb avait le don de s’en faire aimer et obéir sans contrainte.

L’Amiral remarquant l’absence de toute habitation sur le rivage de la mer et sur le bord des fleuves, inalgie le charme des sites et la commodité du séjour , trouvant toutes les cases disposées de telle façon que leurs habitants pussent voir avant d’être vus, en induisit avec sagacité qu’une cause générale les obligeant à la vigilance,

LES caraïbes.

un péril commun les tenait en alerte. Il comprit qu’une race étrangère plus hardie, mieux armée, arrivait en canots sur ces parages pour piller les riverains. Il sut, après avoir d abord refusé d’y croire, que dans la paix et dans

abondance de cette riante nature, d’atroces forbans parcouraient la lisière des bocages, non pour dévaliser les cases, mais pour ravir les habitants eux-mêmes; les enlever, les parquer comme des troupeaux, les engraisser et se repaître de leur chair. Cela n’était que trop vrai. Les Caradies anthropophages, étrangers à ces îles, distincts des indigènes par le^ crâne, les .traits, la couleur, l’idiome, les peintures tatouées du corps, les armes et le courage aveugle, ayant fait irruption du dehors, désolaient les pacifiques insulaires. Colomb entrevit le plus heureux changement dans la condition de ces peuples, désormais délivrés de leurs oppresseurs, grâce à la protection de la Castille, jouissant des consolations de la foi et mis en possession du salut éternel.

Il bénissait Dieu de l’avoir envoyé pour cette œuvre de miséricorde, et déjà pénétré de son apostolat agissait en précurseur de la Bonne Nouvelle. Avant de pouvoir parler intelligiblement aux indigènes du Rédempteur qu’il brûlait de leur faire adorer, Colomb aimait à proclamer aux quatre vents du ciel, dans la langue de l’Église Catholique, la puissance du Verbe, à faire retentir sur ces rivages le nom du Sauveur bien-aimé. Partout où ses chaloupes accostaient, il plantait des Croix, afin que les Indiens sussent d’avance que ce signe vénérable était celui <( des hommes celestes » ou destines à le devenir. L’École protestante a passe sous silence ces plantations de Croix, et fait sous-entendre qu’en les érigeant l’Amiral voulait seulement laisser une marque ostensible de sa prise de possession. Ici la distinction des choses s’oppose à toute

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