SAGACITÉ DE COLOMB
tâtions de ses interprètes, il devait encore se garder contn les assertions des savants et des voyageurs dont il s’étai imbu. Il lui fallait se défier de ce qu’il voyait, de ce qu’i entendait et de ce qu’il se rappelait. Sans doute il aurai été plus près du vrai s’il eût osé , contrairement à sa modestie et à la prudence vulgaire, se dégager complétemen des errements des cosmographes, qui faisaient alors autorité, pour ne s’en rapporter qu’à ses seuls pressentiments Un peu de présomption eût épargné àson génie bien des per ])lexités. Naturellement il ne pouvait expliquer les choses qu’il rencontrait que par celles qu’il savait déjà; dans si marche l’esprit humain n’atteignant l’inconnu que par 1( connu. Colomb avait lu les cosmographes, les géographes, les voyageurs, et Marco Polo comme les autres. Enin tous ces livres, le a Tableau du monde , » Imago Mundi du cardinal Pierre d’Ailly, paraît seul avoir acquis sui son esprit un crédit auquel le rang ecclésiastique et l’orthodoxie de Fauteur n’eurent pas moins de part que sa science. Néanmoins, tout en s’autorisant des assertions de certains écrivains , il ne s’y rapportait jamais d’une maniéré absolue. Il doutait, il conjecturait, il présumait possible , mais sans rien affirmer péremptoirement. Sa pénétration, ses pressentiments, nous dirions volontiers son instinct de révélation, l’empêchaient de tomber dans l’égarement d’un système.
On a souvent répété que l’Amiral s’éloignait de Cuba, persuadé qu’il avait trouvé l’extrémité du continent asiatique. Ceci est encore une de ces erreurs traditionnelles contre Colomb, qui paraît acceptée sans conteste : nous la dissiperons plus loin à l’évidence des faits et des documents. Même le nom générique d’Indes, donné par l’Amiral aux terres découvertes, et celui d’indiens à leur habitants n’établit rien de contraire à notre opinion. Ce nom