‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 145 sur 316 · ENTREVUE DU CACIQUE ET DE COLOMB · texte numérisé non relu

ENTREVUE DU CACIQUE ET DE COLOMB

la piété des Espagnols commémore l’Annonciation dan? 1 eglise de Sainte-Marie-de-l’O Après a l’heure des Vêpres, )) le jeune Roi de la contrée arriva porté dans un palanquin, escorté d’une garde d’honneur de deux cents hommes, et accompagné de deux graves personnages, peut-être ses ministres, et au moins ses conseillers. En ce moment, l’Amiral soupait dans la salle du château de poupe. Le Roi ne voulut point qu’on le prévînt de sa visite. R entra d’un air aisé dans la salle, alla droit à l’Amiral, le salua courtoisement, s’assit près de lui, et, d’un ?este, commanda à ses gardes de se retirer, ce qu’ils firent ivec les marques d’un profond respect. Il ne retint que es deux personnages importants, qui s’assirent à ses lieds. L’Amiral le lit servir aussitôt, pensant qu’il s’inviait à souper^ mais il ne fit que goûter des lèvres à ce [u’on lui offrait ^ il parut le faire uniquement pour répon- Ire à la politesse de l’Amiral, et envoya le reste à ses ;ens. Au sortir de table, sur son signe, fun de ses offiiers lui apporta une ceinture ornée de deux plaques d’or ’un travail délicat. Le jeune Roi l’offrit à l’Amiral, qui, près l’avoir acceptée gracieusement, lui montra la caraelle et le conduisit dans sa chambre. Comme le jeune loi regardait d’un œil d’envie la courte-pointe du lit, Amiral lui en fit don, en y ajoutant un collier de beaux rains d’ambre qu’il avait au cou, des brodequins de couîur rouge, et un flacon d’eau de fleurs d’oranger, espéant, par ces présents, se concilier sa bienveillance et flairer plus aisément au christianisme.

L’Amiral lui montra le crucifix, les portraits des souveains d’Espagne, lui parla de leur grandeur, de leur puis-

^ Cette église, bâtie sur une montagne, près de Ségovie, est dite mte-Marïe-de~ro à cause des rochers qui l’entourent, dans la forme un O tant soit peu ovale.

326 RECONNAISSANCE DE LA COTE d’hISPANIOLA.

sance. Mais le monarque et ses conseillers croyaient que les royaumes de ces souverains étaient dans le ciel, et non dans ce monde. Quand le Roi descendit dans le canot pour regagner son palanquin, les honneurs militaires lui furent rendus.

Après son départ, son frère vint à bord d'un air câlin et bassement obséquieux mendier quelques colifichets. On sut de lui que, dans l’idiome du pays, les souverains s’appelaient Caciques. Si l’Amiral ne put obtenir, ce jour-là, beaucoup d’or, il en entendit parler amplement. Un vieil indigène fut jusqu’à l’entretenir d’une certaine « île toute d’or, )) et d’autres où ce métal abondait à ce point qu’on n’avait qu’à prendre la peine de le ramasser. On le fondait, on en faisait des barres, etc.

L’Amiral ne voulut point partir sans honorer aussi sur ce rivage l’emblème de la Rédemption. R fit faire une trèsgrande Croix et la planta au centre même de la peuplade, pour la familiariser d’avance avec ce signe. Les indigènes s’y prêtèrent avec empressement. Ils s’agenouillèrent devant ce symbole sacré dont ils ignoraient la signification, en tâchant d’imiter les mouvements et les paroles des Espagnols pendant leurs prières. A juger de l’avenir par ces heureuses dispositions, Colomb a espérait en Notre- Seigneur que toutes ces îles se feraient chrétiennes * . »

Le lendemain dans la nuit, on mit à la voile pour continuer la reconnaissance de la côte de l’Espagnole.

Le jour suivant, on doubla plusieurs caps et l’on visita d’excellents mouillages.

Le Vendredi 21 décembre, l’Amiral découvrit un port incomparablement supérieur à tous ceux qu’il avait vantés. 11 ne fut pas nécessaire en ce lieu d’appeler les indigènes.

1 » Espéra en Nuestro Senor el Almirante que todos aquellas islas han de ser cristianas. y*— Maries, 18 de diciembre.

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