IRRÉSISTIBLE CURIOSITÉ DES INDIGÈNES
bord de la Santa-Maria, annonçant que dans cette île se trouvait beaucoup d or; qu’on venait l’y acheter des pays voisins ; qu’on en aurait autant que l’on voudrait. L’Amiral emu a cette nouvelle, transporté d’espérance, remercia son Maître en son cœur; et pourtant comme s’il voulait réprimer cette allégresse quasi mondaine, il fit aussitôt soumission de sa volonté à celle de Dieu, et écrivit avec une édifiante résignation sur son journal : « Que Notre-Seigneur qui tient en ses mains toutes choses, veuille m’assister et m’accorder ce qui sera le plus convenable à son service \ »
Une irrésistible curiosité poussait les peuplades riveraines vers les caravelles. Plus de mille personnes étaient tenues en canot, apportant chacune quelque don. Et, faute de place, plus de cinq cents s’étaient risquées à la aage, afin de voir aussi ces étrangers célestes. Cinq Cacijues avec toute leur famille étaient accourus. L’Amiral ît des cadeaux à tous, parce qu’il jugeait ces petits pré- ;ents bien employés.
Les nouvelles de l’or se confirmaient de plus en plus. Quelques-uns de ces visiteurs parlaient à Colomb de mines 1 or existant dans 1 île. Un indigène qui parut vivement ittire vers lui d une affection spontanée, désigna plusieurs mdroits produisant de l’or. 11 cita entre autres Cibao (l’Aniral crut qu il voulait dire Cipango), dont le Cacique Lvait une bannière d’or pur. Cette contrée encore éloignée, disait-il, était située vers l’est. Colomb pressentait [U on approchait des mines aurifères. Et pieusement Itéré d or, généreusement affamé de richesses, d’un acent de ferveur il suppliait son Maître de le guider enfin ers ce lieu -, et ne pouvait s’empêcher de s’écrier : a Que
« Nuestro Sefior que tiene en las manos todas las cosas vea de me smediar y dar como fuere su servicio. Domingo, 23 de diçwnbre*
330 RECHERCHE DE l’OR CONTINUÉE.
Notre-Seigneur , par sa miséricorde m’aide à trouver cet or ^ »
Pendant la nuit les embarcations ramenèrent le notaire royal et les olFiciers envoyés par l’Amiral au grand Cacique de la contrée, le roi Guacanagari. Sur leur route s’étaient empressés une foule de canots avides de contempler les hommes célestes. Conduits à la résidence royale, ils y avaient été reçus en grand apparat. Le Cacique Guacanagari, qui regrettait beaucoup de n’avoir pas vu l Amiral, lui envoyait, en attendant sa visite, (c des perroquets avec plusieurs morceaux d’or. »
§ VII
Le lundi 24 décembre, avant le jour, l’Amiral sortit du port, par un bon vent de terre ^ gouvernant à l’est dans la direction des mines d’or indiquées, mais avec l intention de visiter, en passant, le grand Cacique Guacanagari. Comme le vent mollit bientôt, on fit peu de chemin dans cette journée. Le soir on continua d aller sans brise sensible. La Nina était en arrière à une demi-lieue.
Après onze heures, l’Amiral se sentit fatigué. Pendant deux* jours consécutifs et toute la nuit precedente, 1 affluence des indigènes, les cadeaux a faire et a recevoir, les échanges à surveiller, les questions a poser aux interprètes, leurs réponses, véritables énigmes à expliquer, les messagers qu’il fallait accueillir, ceux qu’il importait d expédier, le classement et la conservation des différents produits de ces contrées qu’il voulait emporter en Castille, •ses exercices religieux, ses remarques du terrain, du climat, et les soins si multipliés du commandement ne lui
1 « Nuestro Senor me aderece, por su piedad, que halle este oro! » — Domingo, 23 de diciembre.