ATTAQUE PERFIDE DES INSULAIRES
côté de Test. Après l’avoir interrogé sans grand profit, il lui fit servir à manger, lui donna quelques colifichets et le renvoya, l’invitant à lui rapporter de l’or, s’il en avait. Au moment où l’embarcation qui le ramenait accosta le rivage , une soixantaine de guerriers s’étaient embusqués derrière les arbres. Aux premiers mots de leur compatriote, ils cachèrent une partie de leurs armes, et s’approchèrent des Espagnols. Ceux-ci leur achetèrent deux arcs et quantité de flèches. Mais après en avoir reçu le prix, au lieu de livrer ces armes, voyant qu’ils n’avaient affaire qu’à sept étrangers, les indigènes coururent prendre des cordes pour les garrotter, les regardant déjà comme leurs captifs. S’apercevant de l’intention, les sept Espagnols fondirent soudain sur la bande, blessèrent l’un des agresseurs à la poitrine, allongèrent à un autre un coup de sabre sur les fesses, et, par l’intrépidité de l’attaque, les frappèrent si fort d’épouvante, qu’ils s’enfuirent en jetant leurs lances. Les sept Espagnols eussent fait un grand carnage, si l’officier commandant l’embarcation n’avait, suivant ses instructions, empêché la poursuite. Colomb s’affligea d’abord de cet accident : il n’aurait pas voulu que son expédition pût coûter une goutte de sang à ces peuples qu’il venait convier à la paix du Seigneur. Mais la réflexion le èonsola-, car cette déroute d’une soixantaine de guerriers par sept étrangers devait tourner au profit de la petite colonie laissée dans le fortin.
Ces guerriers appartenaient aux Ciguayens, dont les mœurs contrastaient avec la douceur des autres peuplades d’Hispaniola. Exposés aux incursions des Caraïbes, ils avaient contracté quelques habitudes cruelles de leurs ennemis. L’Amiral appela ce lieu « le Golfe des Elèches. » Il y renvoya le lendemain la chaloupe armée en guerre. Les riverains, accompagnés de l’Indien déjà venu à bord de la