O 10 VOEUX FAITS POUR APAISER LA TEMPÊTE
la lumière ne fît qu augmenter sa furie. L’Amiral n’avait pas quitté le pont •; il dirigeait personnellement le navire. La persistance de la tempête qui redoublait avait intimidé les marins les plus intrépides. Ils tournaient leurs yeux vers 1 Amiral, et celui-ci tournait son cœur vers Dieu, unique ressource dans un péril si imminent. L’homme ne pouvait plus rien. Le chrétien seul restait avec sa foi.
Il proposa aux marins de faire un vœu, de tirer au sort pour savoir lequel d’entre eux irait en pèlerinage à Sainte- Marie de Guadeloupe, portant un cierge du poids de cinq livres. Pour cela, l’on compta un nombre de pois chiches égal à celui des personnes qui se trouvaient à bord, en ayant soin d en marquer un d’une Croix avec un couteau; on les jeta dans un long bonnet en laine de marin, qui fut bien remue L Tous s’approchèrent, chacun à son rang, suivant les préséances.
C était à 1 Amiral de commencer ; il plongea la main dans le bonnet et amena le pois chiche marqué de la Croix. Peu apres, sous la terreur du péril croissant, on résolut encore un vœu. Il s’agissait d’aller en pèlerinage à Notre-Dame de Loiette dans les États pontificaux. Cette fois le sort tomba sur le nommé Pedro Villa, matelot du Port-Sainte-Marie. Comme il était évidemment hors d’état de suffire à cette dépense, l’Amiral se chargea d’y pourvoir. Un peu plus tard le redoublement de la tempête inspira un troisième vœu. On tira au sort pour aller à l’église de Sainte-Claire, à Moguer, faire célébrer une messe et passer toute une nuit en prières devant le maître-autel. De nouveau ce fut encore l’Amiral qui tira du bonnet la marque de la Croix. Ensuite, on fit le vœu collectif d’aller processionnelle-
^ « Mandé traer tantos garbanzos cuantas personas en el navio venian, y senalar uno con un cuchillo haciendo una Cruz, y metellos en un bonete bien revueJtos » — Jueves^ 1 4 de hebrero.