NAVIGATION DIFFICILE
sa route. On tilait par une forte brise ; la mer s’était aplanie, et Colomb en remerciait Dieu sur son journal, comme ilans son cœur. Pendant deux jours encore, la marche fut passable ; ensuite une succession de vents contraires recommença les fatigues et les périls auxquels on espérait avoir échappé.
§ ni.
• Le 1®’* mars, on put suivre un rumb favorable, qui fut continué le lendemain.
Le 3, au coucher du soleil, une bourrasque subite déchira toutes les voiles de \^Nîna qu’elle faillit faire sombrer. Mais la Providence laissa tomber un regard sur son serviteur. (( Dieu voulut le délivrer, )> dit Las Casas. Dans l’imminence du péril, on fit de nouvelles prières et un vœu nouveau. On tira au sort pour savoir qui d’entre les marins irait en chemise, nu-pieds, à Notre-Dame de la Cinta, dans la province d’Huelva^ et comme à l’ordinaire le sort désigna encore l’Amiral : « Ce qui lui fit juger que Dieu l’accompagnait toujours, mais voulait qu'il s’humiliât et ne s’enorgueillît point des faveurs qu’il lui avait déjà faites h »
En outre , chacun fit également le vœu de jeûner au pain et à l’eau le premier samedi qui suivrait l’arrivée de la caravelle. Il fallut aller au gré des flots, sans conserver de voiles, tant était violente la tempête. Le soir, la tourmente redoubla de fureur. De sinistres éclairs sillonnaient le zénith 5 l’eau tombait du ciel à torrent \ les lames frappaient en sens opposés le navire ^ tantôt une montagne d’eau le soulevait dans les airs ; tantôt, en se creusant en
Las Casas, Eistoria de las Indias, lib. I, cap. lxxiii.