‹ Christophe Colomb (volume 5)Chapitre 178 sur 316 · COLOMB ACCOMPLIT SON VOEU · texte numérisé non relu

COLOMB ACCOMPLIT SON VOEU

église, dédiée à Notre-Dame, voisine du lieu où la Nina pourrait atterrir. Maintenant le lieu était Paies ; l’église, Notre-Dame de la Rabida, au couvent dont le docte Juan Ferez de Marchena était Gardien.

iVinsi le généreux Franciscain qui avait célébré la messe solennelle pour l’embarquement, célébra la messe d’actions de grâces pour le retour. La Providence sembla lui avoir ménagé cette satisfaction. La veille on avait remercié Dieu du bienfait de la Découverte-, le lendemain on allait remercier la Vierge du salut, l’ancre d’espérance du pauvre matelot. Ce fut une cérémonie profondément touchante. Tous ces navigateurs nu-pieds et en chemise, depuis le mousse jusqu’à l’Amiral, dans le piteux costume du naufragé, sauvé des flots, venant rendre grâces à Marie, l’Étoile de la mer, de les avoir arrachés aux abîmes de l’Océan en courroux, étaient suivis d’une foule qui s’associait de cœur à leurs prières et à leur gratitude.

Maintenant tout matelot se voyait entouré , écouté comme un oracle, sa famille s’enorgueillissait de lui. On se le disputait. Ses parents se réunissaient pour le fêter. Mais l’Amiral, au milieu des honneurs et des louanges, se trouvait à Palos comme un étranger ^ il n’y avait point de parents. Sa famille était celle de saint François^ ses frères de rOrdre Séraphique l’attendaient à la Rabida; il retourna donc auprès d’eux et reprit possession de la chère cellule que lui réservait le Père Gardien.

On devine aisément le bonheur des deux^amis à leur réunion. Cette pensée qu’ils avaient eue d’abord séparément Tun et l’autre, cette espérance qu’ils mirent en fond commun, cette foi patiente qui sut triompher de l’orgueil et des préjugés de la science, étaient récompensées enfin. Ainsi donc le Père Juan Ferez de Marchena ne s’était pas trompé ! au delà de cette ligne bleue de l’Occident qu’in-

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terrogca si souvent son regard, existaient comme il l’avait pressenti, des terres habilahles et des peuples à conduireau Sauveur. Le signe do la Ilédemplion avait été montré aux indigènes; la Croix plantée parmi eux, et saluée de ces naïfs enfants des forêts. Alaintenant pourrait s’accomplir le souhait du séraphique François d’ Assise. Ce qu’il y eut alors de joie sereine, de satisfaction évangélique et d’intime consolation, dans cette petite communauté de la Rabida, ne saurait se rendre.

Si jamais en aucun congrès diplomatique, projet ne se débattit plus important que celui dont, sept ans auparavant, Colomb et le docte Franciscain avaient examiné les bases, dans cet humble monastère; on peut le certifier: jamais ne fut conçue combinaison plus hardie que celle dont, le lendemain de son arrivée, Christophe Colomb dressait le plan au profit de la Castille. Pour l’intérêt de la monarchie espagnole, le travail qu’il traçait ainsi, à la hâte, dans le silence de son étroite cellule, était peut-être

encore plus immense et plus immédiatement avantageux que sa Découverte.

Dans cette cellule , Christophe Colomb, complétant la brève dépêche qu’il avait expédiée, du mouillage de

Rastello à la cour de Castille, rédigea le résumé de sa Découverte.

De cette cellule, il conseilla aux deux Rois de faire hommage au Saint-Siège ^ des terres nouvellement découvertes, et d appeler sa bénédiction sur cette entreprise, par une Bulle qui protégerait ses conquêtes.

De cette cellule encore, il indiqua comment, pour éviter des conflits ultérieurs, devrait s’opérer la répartition des terres à découvrir entre les deux puissances maritimes

* Fernando Colomb, Histoire de V Amiral^ chap. xlii.

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