DÉMARCATION PROPOSÉE PAR COLOMB
qui tentaient, à cette époque, des recherches clans FOcéan.
A cet effet, Colomb imagine de faire attribuer parle Souverain Pontife, pour les découvertes des Castillans dans 1 ouest, un espace égal à celui qu’auraient les Portugais dans l’est. Et afin de déterminer les frontières des deux royaumes sur les plaines illimitées de l’Océan, il propose un moyen d’une simplicité divine.
Aussi plein d’assurance cjue s’il tenait étendu sous ses yeux Fespace entier du Globe, dont plus des deux tiers étaient encore ignorés, il fait avec une sublime audace ou plutôt un calme angélique la section de l’Équateur que nul n’avait franchi^ trace à travers l’immensité une démarcation gigantescpie^ tire d’un pôle à l’autre une ligne idéale, qui partagera la Terre, en passant à une movenne distance de cent lieues, prise entre les îles du Cap Vert et celles des Açores. Pour opérer cette étonnante séparation géographicjue, il choisit précisément le seul point de notre planète que la science choisirait de nos jours ^ : la curieuse région de la Ligne sans déclinaison magnétique, où la transparence des eaux, la suavité de l’air, l’éblouissante limpidité de l’atmosphère, l’abondance de la végétation sous-marine, l’éclat tropical des nuits, la phosphorescence des vagues, indiquent dans le mobile empire des ondes une démarcation mystérieuse du Créateur.
Cette colossale dimension était la plus hardie conception qui fut jamais sortie du cerveau humain. Jamais proportion si gigantesque n’était entrée dans un calcul de
1 Ce qu’offre d’ingénieux, de nouveau, d’important au point de vue de la physique , de la géographie et de la cosmographie cette ligne, raya, qu’indiquait Colomb, est relevé avec admiration par Humboldt, notamment dans son Histoire de la géographie du Nouveati Continent et dans son Cosmos, Essai d’une description physique du monde, Cq fait mérite d’étrç remî|rqué.
COLOMD A NOTRE-DAME DE CUADELOUDl-:. 373
mesure. Néanmoins Colomb, sans s’étonner, sans hésiter, ne se doutant pas peut-être du prodige de son opération, prend tranquillement ses dimensions, et demande avec simplicité qu’on les envoie à Rome.
Assurément tout ce qu il exposait dans ses considérations, pour ce partage des régions inexplorées, entre les deux couronnes de Castille et de Portugal, était aussi rationnel que hardi ^ aussi hardi qu’inconnu du reste des hommes-, et par cela même, à cause des obstacles qu’éprouve toujours la nouveauté, devait provoquer des objections, des doutes, partant des résistances. Mais le Messager du Salut avait foi dans l’infaillible sagesse de l’Église, dépositaire des vérités du Verbe. Nous verrons, plus loin,' combien la Papauté justifia cette noble confiance.
§ II
^ fous les hommes revenus avec l’Amiral pouvaient se délasser de leurs fatigues, goûter le charme du repos à la suite de tant de travaux et de dangers. Quant à lui que, trois fois sur quatre, le sort avait désigné pour l’expiation de tous, il devait remplir les vœux dont le chargeait une prédilection mystérieuse.
Il dut d abord aller a Notre-Dame de Guadeloupe, portant un cierge allumé du poids de cinq livres. Dans celte retraite, il éprouva de grandes consolations spirituelles; conversa avec de saints hommes et forma parmi eux des relations qui se continuèrent. 11 promit à ces religieux, en îOuvenir de leurs sympathies, d’imposer le nom de leur
nonastere à 1 une des îles qu’il découvrirait; et leur tint lientôt parole.
Ensuite Colomb revint près de Palos, à Moguer, au ouvcnt de Sainte -Claire auquel naturellement ralli-