DISPOSITIONS DE JOAM II EN FAVEUR DE COLOMB
cette proposition quelque chose d’immense et de supérieur. A raison même de son élévation d’esprit, de sa connaissance des hommes et de sa propension aux sciences naturelles, le Roi se sentit disposé en faveur de Colomb, entraîné par l’ascendant de cette noble simplicité et de cette loyale confiance, Joam II se décida aux frais d’une erxpédition. Toutefois, avant de s’engager, il souhaitait connaître positivement quelle rémunération demanderait Colomb, en cas de réussite.
Le Portugal encourageait les découvertes par de grandes libéralités. D’ordinaire, on attribuait le gouvernement de l’île ou de la région découverte à celui qui en avait pris possession au nom de la couronne. Parfois on rehaussait encore ces fonctions par quelque titre honorifique. L’espoir de si hautes récompenses enflammait d’ardeur toutes les imaginations. Mais ce n’était point d’une pareille rétribution que se contentait cet homme, qui s’usait à faire des cartes et à copier des manuscrits pour nourrir sa famille. A ses yeux, cette récompense n’était que mesquine ^ elle lui semblait déprécier la grandeur de son entreprise. Il posa donc ses conditions à lui. Elles furent tellement royales, que le souverain en prit un peu d’humeur, et qu’avant d’y souscrire , il voulut livrer à la discussion les probabilités de réussite. Le Roi chargea de cet examen une Commission composée de trois membres : le docteur Diégo Ortiz de Cazadilla, évêque de Ceuta, Roderigo, son médecin, et le juif Joseph, aussi médecin et maître en cosmographie.
Sauf quelques Portugais, récusables ici pour cause de suspicion légitime, tous les historiens avouent que l’incertitude du Roi ne fut qu’un prétexte. L’hésitation de Joam II provenait uniquement de ce que la demande de Colomb était jugée exorbitante et superbe, bien qu’elle fût faite avec autant de simplicité que de sincère modestie.