LA BULLE DE RÉPARTITION
et déclare qu’il était destiné pour une si grande œuvre. Ac ianto negotio aj)tum.
Cette Bulle de Répartition, porte évidemment le caractère d’une bénédiction et d’une récompense divine.
Ce n’est plus ici le style de la cbancellerie romaine. Le Saint-Père parle avec sa personnalité propre. Après avoir attesté qu’il connaît les deux souverains pour Rois vraiment catholiques ; qu’il les a toujours connus comme tels b et que leur piété est notoire dans toute la chrétienté^ après avoir mentionné leur constance, leurs travaux, leurs dépenses, leurs fatigues, leurs périls, leurs conquêtes de Grenade, leur expulsion des mahométans-, le Souverain Pontife rappelle qu’ils ont joint à ces titres de gloire l’intention de répandre la foi dans des îles et terre ferme inconnues, d’y faire adorer le Rédempteur. Le Chef de l’Eglise déclare qu’il recommande à Dieu ce saint et louable projet. Il annonce aux Rois que Dieu donnera bonne fin à leurs efforts. Il affirme qu’il octroyé ce don de privilège exclusif, non point aux obsessions directes des deux Rois ou d’autres personnes de leur part ^ mais qu’il le fait spontanément, de sa propre et pure libéralité, agissant sciemment, avec certitude et dans la plénitude de sa puissance apostolique^.
Toutefois cette libéralité du Vicaire de Jésus-Christ est, comme la plupart des récompenses divines, soumise à une condition. Le Souverain Pontife ordonne aux deux rois,
1 ft Cognoscentcs vos tanquam veros catholicos Reges et Principes, quales semper fuisse novimus , et a vobis præclare gesta, etc. » — Bulle du 4 mal 1493. — Coleccion diplomatica, xviii.
2 « Motu proprio, non ad vestram vel alterius pvo vobis super hoc « nobis oblatæ petilionis instantiam, sed de nostra mera liberalitate, et « ex certa scientia ac de apostolicæ potestatis plenitudine..., etc... - Rullc du 4 mai 1 493, g vi. — Ibidem.
en vertu de la sainte obéissance, d’envoyer des lionnnes probes et craignant Dieu, inslruits, expérimentés et habiles former à la foi catboli(|ue et aux bonnes mœurs les babitantsde ces contrées ^
Dans tout l’ensemble de cette Bulle on sent une grandeur, on respire une majesté imposante. Il y a comme un pressentiment des grandeurs futures, une vision de l’accroissement et de la supériorité de l’Espagne dans tout le monde chrétien.
En terminant, le Vicaire de Jésus-Christ, après avoir solennellement conlirmé les dons et privilèges qu’il a dé claré faire de plein gré, mù par son propre mouvement et sa libéralité apostolique , rappelle aux deux souverains que la source de tout pouvoir, de tout empire et de tout bien découle de Dieu seul^ et leur annonce que si confiant en Lui, ils suivent l’accomplissement de leur dessein de la manière indiquée. Dieu dirigera leurs actions, et que prochainement leurs travaux et leurs efforts auront le succès le plus heureux pour le bonheur et la gloire de toute la chrétienté.
§ VI
Pendant qu’au loin, dans tous les États chrétiens, le nom de Colomb excitait l’admiration et la louange, sa personne recevait en Espagne des hommages et des honneurs inusités. A toute heure il était admis cliez les Sou-
reine Isabelle ne pouvait se lasser de l’interroger et de l’entendre. Elle lui créa des armoiries en lui permettant
* « ... Viros probos etDeum timcntcs cloctos, perilos et expertes ad « instruendum iiicolas et habitatores præfutos in flde catliolica cl bonis « inoribus, etc. » — lùicl.^ § vu.