DISPARITION DE DIEGO MARQUEZ
§ II
Des le lendemain rAiniral, à la pointe du jour, envoya dans rintérieur plusieurs détacliements, sous la conduite de capitaines, pour se procurer des renseignements sur la population de Tile. Ces détacliements se distribuèrent chacun un certain espace, (|u’ils fouillèrent en vain, et revinrent sans avoir pu saisir un homme. Ils prirent un petit enfant qu’un indigène, son père, sans doute, tenait par la main, et qu’il lâclia pour fuir plus vite. îls amenèrent aussi des femmes étrangères, retenues captives dans 1 île, ainsi qu’un garçon d’environ quatorze ans. On s’empara de quelques femmes indigènes, mais celles-ci ne vin-
rent aux caravelles que contraintes par la force.
Ce soir-là, Diego Marquez, contrôleur de la marine, chargé du commandement de l’une des caravelles, étant descendu à terre sans permission avec huit hommes, ne rentra point a bord. Le lendemain ils ne parurent pas. L’Amiral conçut de grandes inquiétudes. On craignit îu ds n’eussent été tués et mangés par les Caraïbes; car ils ivaient parmi eux des marins très-capables et qui par la >eule observation des étoiles auraient dû retrouver leur oute. L Amiral envoya de forts piquets à leur recbercbe,
I lit sonner de la trompette, tirer des coups d’arquebuse lans les bois. Après avoir attendu deux jours inutilement, 'our réveiller l’esprit de la discipline, il lit semblant d’aplareiller, en disant que puisqu’ils avaient débarqué sans a permission, ils resteraient à leurs risques et périls. Les mis que le controleur avait sur la Hotte le supplièrent de e pas abandonner ces malheureux à la férocité des Canibales. Il parut sc laisser toucher et attendit encore, endant ce temps l’Amiral fit faire du bois, de l’eau et
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^30 TRACES d’anthropophagie.
laver le linge des équipages, auxquels il permit de venir tour à tour se délasser sur la verdure du rivage. Puis il envoya l’intrépide Alonzo de Ojéda, dont la sagacité lui était connue, Lattre les alentours, à la tête de quarante hommes. Malgré la rapidité de sa marche à travers d’inextricahles forêts, déchargeant par intervalles les arquebuses, sonnant de la trompette, il revint sans avoir découvert aucune trace de leurs compatriotes ni l’ombre d’un indigène.
L’Amiral, de son côté, faisait avec rétat-major de fréquentes incursions, examinant le sol, visitant les habitations désertes des peuplades. Ils y virent quantité de crânes servant d’ustensiles^ trouvèrent dans une case le cou d’un homme cuisant dans une sorte de marmite^ et, en d’autres demeures, plusieurs têtes humaines et quantité de membres humains suspendus comme approvisionnements.
Ils surent des femmes captives que les hommes de ce bord de l’île étaient partis avec leur chef, au nombre d’environ trois cents, sur dix grands canots pour aller faire leurs provisions d’hommes dans les îles voisines. Ils s’aventuraient même jusqu’à plus de cent lieues, sur ces embarcations, pour enlever des hommes dont la chair paraissait à leur goût un mets délicieux. Ils ne faisaient guère cas de celle des femmes et des enfants. Cependant à l’occasion ils enlevaient les enfants et les femmes^ ceuxci pour les engraisser et les manger quand ils auraient atteint l’adolescence^ celles-là pour s’en servir comme d’esclaves ou comme de maîtresses quand leur beauté leur valait cetatfreux honneur. S’ils en obtenaient des enfants,
ces infortunés n’étaient pas épargnés. Malgré le désespoir de leurs mères ils les mutilaient impitoyablement, les employaient à divers offices jusqu’à leur puberté, et alors les